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Division 1 Baseball

Finale D1 : Cœur de Lions

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Finale D1 : Cœur de Lions
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Les deux premiers matches de la finale sont limpides à analyser. Savigny a marqué tous ses points sur des home-runs, les lanceurs ont tous été dominants, mais le changement effectué par coach Becquey en 8e manche du match 2 a tout changé, les Huskies ont été incapables d’exécuter, d’être efficace et de construire leurs at-bats, la défense des Lions a failli tout gâcher, mais a fini par tenir le choc. Et voilà comment les invincibles Rouennais (19 finales, 19 titres) se retrouvent face à un défi inédit pour eux : aller gagner trois matches à l’extérieur pour aller chercher ce 20e titre qui leur tient tant à cœur. Ils peuvent passer des appels aux anciens Lions, ceux de 2004, battus deux fois chez eux et qui avaient renversé la table à Montpellier, pour leur demander comment on fait. Mais on doute que beaucoup répondent.

Reprenons un à un les éléments qui ont dessiné le portrait de ces premiers matches.

Savigny a marqué tous ses points sur des home-runs. Il n’est pas nécessaire d’épiloguer, c’est clair, mais on ne s’attendait pas forcément à voir Hugo Desir choisir la 3e manche du 1er match pour frapper son 1er en carrière ni Axel Amoros, qui avait frappé son 1er circuit en saison régulière cette année, doubler la mise dans un moment aussi important que la 8e manche du match 2, alors que le score était à égalité. Qu’Acuna, en cogne deux, c’est moins surprenant. Quand même, il restait sur un petit 3 en 16 en play-offs. Mais voilà, c’est le propre des grands joueurs de se montrer à la hauteur de l’évènement quand il le faut vraiment. En play-offs, dit la sagesse populaire, les meilleurs doivent être les meilleurs. Acuna a parfaitement répondu à cette maxime. Et c’est toujours un plaisir que de voir un champion porter son équipe vers les sommets. Si on insiste sur les home-runs, c’est aussi parce que les Lions n’ont pas fait grand-chose d’autre, offensivement. Ils sont 0 en 6 avec des coureurs en position de marquer, dans 7 manches sur 18 ils n’ont mis personne sur les sentiers, ils ont concédé 25 strike-outs. Mais voilà, ils ont frappé fort et juste quand il le fallait. C’est ce qui s’appelle être efficace.

Deuxième élément, les lanceurs. Ito doit se demander comment il a perdu le match 1. Parce qu’il a livré une performance tout simplement étourdissante : match complet, 15 K, 5 petits coups-sûrs, un seul but-sur-balle. Pour les amateurs de statistiques avancées, son outrageuse domination peut se lire dans son CSW %, c’est-à-dire le nombre de fois où il a déjoué les frappeurs adverses (strike sur décision ou sur élan) : il a fini à 52 %, ce qui est phénoménal. Plus d’une fois sur deux, les frappeurs de Savigny n’ont pas touché à ses prises. Il a suffi d’un élan… Pena a été haut même niveau : 5 hits, 13K, certes 5BB, mais il a resserré le jeu quand il le fallait. Le meilleur exemple est la 4e manche, alors que Savigny venait de prendre les devants. Vissac s’est retrouvé en 3e base avec un retrait. En 6 lancers et deux strike-outs, Pena a réglé le problème. Le voilà sur une série de 18 manches en play-offs sans avoir donné le moindre point. Et un autre chiffre pour montrer sa domination, les frappeurs de Montpellier et de Rouen sont  en 27 contre lui quand il est à deux prises. Pas grand-chose non plus à reprocher à Thibault Mercadier, une prestation extrêmement solide, à son image, un peu trop de hits, mais 10 strike-outs. Coste, pour sa part, a sortir le meilleur match de sa saison exactement quand il le fallait. Ce n’était pas le lanceur qui accordait 9 points dans les 2 premières manches aux Barracudas. Il a livré une vraie bataille, tenant hors d’équilibre les frappeurs rouennais pendant presque 7 manches. Et si on enlève les deux Japonais Megumi et Nishikawa, le reste du line-up rouennais est 1 en 19 contre lui. Orozco a fait du Orzoco, son travail de closer a été idéalement réalisé, et il n’a jamais été en danger. On ne doit surtout pas oublier le retrait obtenu par Chevet. Il n’aura effectué que 2 lancers, mais à un moment essentiel. Le coaching staff de Savigny a fait le bon choix, retirer Coste après six manches et deux tiers pour lui éviter d’affronter un Megumi qui avait deux doubles contre lui. Chevet a fait le travail, avec quand même un maximum de pression. Chapeau. Et on vient à la décision qui fait forcément couler beaucoup d’encre. Retirer Mercadier pour lui éviter d’affronter une troisième fois le cœur de line-up des Lions, c’est logique. Mais pourquoi ne pas donner la balle à son meilleur receveur ? À un Taido qui est 7-1 avec une moyenne de points mérités de 1,58, EBB et 47K et 51,1 manches, .189 de batting contre lui ? Oui, il avait rempli les sentiers en 8e manche contre La Rochelle en demi-finale. Mais la logique est d’aller avec son meilleur bras quand un match, voire une saison est en jeu. Prioul n’a pas lancé en demi-finale, n’avait été appelé que pour 4 manches depuis le 27 juillet, il n’était pas vraiment dans le trend d’un lanceur en pleine forme et dominant. C’est sans doute l’art le plus compliqué, savoir quand changer de lanceur et lequel mettre. Dimanche, dans ce 8e manche, Rouen s’est trompé.

Troisième point, l’inefficacité. On l’a répété toute la saison, Rouen ne parvient pas à convertir ses occasions.  Ce qui s’était un peu calmé en fin de saison est nouveau venu éclater en pleine face des frappeurs rouennais. 17 coureurs laissés sur les sentiers, 1 en 14 avec des coureurs en position de marquer, pas la peine d’en dire vraiment plus. C’est d’ailleurs ce à quoi peuvent se raccrocher les Huskies. Ils peuvent se dire qu’avec quelques hits de plus, ils mèneraient 2-0, et donc que tout est encore possible. Mais il faut savoir profiter des occasions. Elles se sont présentées en première manche des deux matches : Coureur en 1 et 3 avec 2 retraits contre Pena, mais rien n’est venu. 1 erreur et 2 doubles contre Coste, mais seulement 2 points marqués. Il y avait beaucoup de fébrilité dans les at-bats rouennais, qui semblaient peu construits. Il suffit de regarder la 9e manche du match 2. Les trois retraits ont été effectués sur le premier lancer. Alors, certes, Orozco lance beaucoup de prises et invite les frappeurs à s’élancer. Mais, dans ces circonstances, prendre un peu le temps de faire monter quelques comptes, de laisser au lanceur la possibilité de commettre une erreur est rarement une mauvaise politique. Ce n’est pas qu’à la batte que la fébrilité s’est fait sentir. Sur les sentiers aussi. Enfin, juste pour une action, pour un retrait. Celui de Joris Bert, éliminé en 1re base, pris à contre-pieds par un relai puissant et précis de Nunez. Quelques instants plus tard, Nishikawa sortait la balle. Ce point perdu pourrait venir hanter les Huskies.

Pour finir, la défense de Savigny. Air connu. Elle a été chancelante, voire approximative, toute la saison. Ce ne fut parfois pas très beau à voir le week-end dernier. 6 erreurs au total. Ceux qui prétendent, et nous en sommes, que la défense gagne les championnats, sont en train de ranger prudemment cette certitude dans un tiroir. Toutefois avant de le fermer complètement à clé, il faut se dire que ces errements défensifs peuvent aussi se payer très cher s’ils se reproduisent le week-end prochain. Certes les Lions sont un peu plus à l’aise à Gellainville (28 erreurs commises à domicile 37 à l’extérieur en saison régulière), mais ils ne doivent surtout pas ouvrir trop souvent la porte aux Huskies. Ils risquent de finir par s’y engouffrer.

En attendant, ce sont les Lions qui sont en pole-position. Ils n’ont plus qu’un seul succès à aller chercher pour remporter leur 6e titre et devenir le 3e club français le plus couronné. Pour une équipe qui, depuis si longtemps, ne joue jamais vraiment à domicile, ce serait une très belle histoire et une magnifique récompense de tant d’efforts et de dévouement.

F.Colombier

Crédits Photographiques : RS Club

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