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Divers Softball

Retour sur la CE Softball 15U

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Retour sur la CE Softball 15U

Championnat d’Europe : les 15U passent en mode soft power

Après les 22U, c’était au tour de l’Équipe de France 15U de se frotter au gratin européen de softball dans le cadre du Championnat d’Europe, organisé à Rosmalen, aux Pays-Bas. La compétition a eu lieu du 27 juillet au 1er août et le moins que l’on puisse dire, c’est que la concurrence a été sans pitié pour nos Bleuettes : 2 victoires pour 4 défaites, 28 courses effectuées pour 60 encaissées et une 13ème place sur 14 nations participantes. Un championnat remporté par l’Italie face à la République tchèque ; l’Espagne disposant du pays hôte pour la troisième place.

Une fois ces données brutes présentées, prenons un peu de recul et voyons le verre à moitié plein : il y a plusieurs motifs de satisfaction et d’espoir dans ce parcours compliqué. Une équipe est en train de naitre et a déjà montré une progression dans le jeu. Explications.

Un vivier qui cherche sa voie

Pour comprendre la portée de cette progression, il faut replacer cette équipe dans le paysage du baseball et du softball féminin en France. Jusqu’à leur quinze ans, l’immense majorité des jeunes joueuses évoluait en baseball mixte. Ce qui est loin d’être anecdotique : dans les Interligues 15U 2024 et 2025, trente filles ont été identifiées sur un total de 278 joueurs, soit 10,8 % de l’effectif global. Ce sont des joueuses qui évoluent au plus haut niveau national : lors de ces Interligues, elles ont lancé 34 des 406 manches disputées, soit 8,4 % du total. Pourtant, en 2026, aucune femme n’apparaît en baseball D1 ou D2 senior. Il faut descendre en D3 pour en trouver trace : sept femmes sur 338 joueurs, soit 2 % de l’effectif, et moins de 1 % du total D1-D3. En l’absence d’une filière structurée pour le baseball féminin, le haut niveau passe donc par le softball. Mais la transition n’est pas simple. Certaines régions ne proposent pas de softball féminin, et beaucoup de jeunes femmes choisissent de rester en baseball régional, entraînant une déperdition de talents.

Une filière à reconstruire, une équipe à relancer

Dans ce contexte, voir une équipe de France 15U renaître après plusieurs rendez-vous manqués est un signal fort. Depuis 2003, la France n’a participé qu’à six championnats d’Europe 15U sur douze éditions. Pourtant, cette compétition est essentielle : elle offre aux jeunes filles leur première expérience non-mixte et leur première immersion dans les spécificités du softball. Parmi les quinze joueuses du roster, sept ont participé aux Interligues de baseball mixte ces deux dernières années. Ce sont des joueuses qui évoluent au plus haut niveau national, capables de frapper, de défendre, de courir, et qui ont un potentiel réel pour devenir d’excellentes softballeuses. Mais une faiblesse structurelle saute aux yeux : le pitching. En France, il est extrêmement rare de voir des filles de moins de quinze ans formées au pitching softball. Pire encore, dans une logique court-termiste, les clubs forment les filles au pitching baseball. Sur les sept joueuses de l’équipe ayant joué les Interligues, cinq ont été lanceuses, cumulant dix-sept manches et quatre-vingts passages au bâton, avec des performances solides. Mais ces compétences ne sont pas transférables : lancer depuis un monticule n’a rien à voir avec le mouvement circulaire du softball !

Comprendre avant de performer

Ce manque d’expérience se ressent dès le début du tournoi. Face à la Grande-Bretagne, les Bleuettes encaissent quatorze points, victimes d’une avalanche de walks, de wild pitches et d’erreurs défensives. Les boxscores confirment onze walks concédés, sept points mérités, trois strikeouts seulement, et une grande manche britannique de sept points en quatrième manche. Rien d’étonnant pour des joueuses qui découvrent une zone de strike plus exigeante, plus étroite, et une balle qui réagit différemment. Les Pays-Bas infligent ensuite un 11-0, avec une troisième manche catastrophique où la France concède dix points, sept hits, deux doubles, deux erreurs et trois walks. Puis la Croatie impose un 8-0, construit sur trois premières manches difficiles : trois points en première, trois en deuxième, deux en troisième, avec huit walks concédés et cinq hits. Les statistiques sont sans appel : sur ces trois premiers matchs, la France concède vingt-deux walks, vingt-et-un points mérités, et peine à stopper les grandes manches adverses. Pourtant, dans ce chaos apparent, quelque chose se construit. Les joueuses mettent la balle en jeu, courent agressivement, volent des bases, et montrent une intensité qui ne faiblit jamais. Les erreurs ne brisent pas l’envie, elles nourrissent l’apprentissage.

Le déclic belge

Pour la première fois dans le tournoi, l’équipe de France impose un rythme offensif irrésistible, construit sur une succession de frappes, de courses agressives et de décisions justes. La quatrième manche se termine avec huit points inscrits. Laporte frappe un double puissant qui nettoie les bases, Savona ajoute un simple plein centre, Lemaire suit avec une frappe décisive, Bruneau atteint les bases, Boutagra frappe encore, Mirand apporte une nouvelle mise en jeu, et Leveque conclut la manche.

La cinquième manche devient encore plus impressionnante. Les Bleues inscrivent onze points, dans une séquence interminable où plus de dix batteuses se succèdent sans que la défense belge ne parvienne à reprendre le contrôle. Savona ouvre la manche avec un RBI, Lemaire frappe un double qui fait encore avancer tout le monde, Bellet entre en jeu, Boutagra frappe à nouveau, Mirand atteint les bases sur une erreur, Laporte revient frapper, Bruneau reste disciplinée, Sibers-Quentin entre en course, Buchaca provoque une erreur, et la manche se transforme en un véritable marathon offensif. Boutagra signe plusieurs hits dans ce match, toujours présente, toujours dangereuse. Laporte frappe deux doubles, chacun dans un moment clé. Mirand marque à plusieurs reprises, profitant de sa vitesse et de son sens du jeu. Bruneau reste d’une discipline remarquable, patientant au bâton, provoquant des walks et maintenant la pression sur la défense belge.

Ce match révèle aussi une montée en puissance du pitching français. Soline Lazzarotto-Gallaire lance cinq manches complètes, concédant quatre points dont seulement deux mérités, avec trois walks et huit strikeouts. La ligne de pitching reflète une progression nette, une capacité à encaisser, à se réorganiser et à tenir sous pression.

L’Autriche comme étape

Le match suivant, contre l’Autriche, est plus compliqué. Le score est lourd, 15-2, mais le contenu n’est pas à jeter. Savona continue de frapper régulièrement, Laporte apporte un RBI sur un sacrifice fly. Bruneau met la balle en jeu dans des situations clés, avec deux hits et trois walks. La défense intérieure commence à mieux gérer les balles rapides, les timings se précisent, les décisions se font plus vite. Le pitching reste irrégulier, avec treize walks concédés dans ce match, mais les lanceuses gagnent en endurance et en contrôle. Ce match, malgré son score, prépare le terrain pour ce qui va suivre. Car le dernier match, celui qui clôt le tournoi, confirme la domination française sur sa voisine belge. Soline Lazzarotto-Gallaire réalise une performance remarquable : six manches complètes, cinq hits concédés, quatre points, quatre walks et surtout onze strikeouts. Une domination rare à ce niveau, surtout pour une lanceuse qui, quelques jours plus tôt, découvrait encore les subtilités du pitching softball. Sa performance globale sur le tournoi est d’ailleurs à souligner : quatorze manches et deux tiers lancées, soit 58 % des manches de son équipe, sollicitée sur cinq des six matchs, et un ratio de 1,02 strikeout par manche.

L’attaque, elle aussi, répond présente. Lemaire frappe quatre hits et produit trois points. Sénécal en ajoute deux autres. Rinaldi signe quatre frappes décisives. Laporte et Boutagra apportent vitesse et intelligence de jeu. Malgré les difficultés offensives globales, avec 26 % de strikeouts, les joueuses montrent une capacité à s’ajuster, à comprendre la zone, à s’adapter à des lanceuses expérimentées.

Une progression encourageante

Ce match n’est pas une victoire arrachée par hasard. Il est le résultat d’une progression réelle. En six rencontres, les joueuses ont appris à lire les trajectoires, à réagir plus vite, à communiquer en défense, à gérer les bases pleines, à calmer le jeu quand la pression monte. Elles ont découvert un sport nouveau, mais surtout elles ont découvert qu’elles pouvaient y exceller. Ce qui a fonctionné dans le jeu français, c’est d’abord l’attaque. Les joueuses venant du baseball ont un avantage naturel : elles savent frapper. Le tournoi l’a confirmé. La France a mis la balle en jeu dans chaque match, même face à des lanceuses expérimentées. Elle frappe vingt-deux hits, dont quatre doubles, un triple et douze RBI. La vitesse sur bases a été une arme précieuse, avec quatorze bases volées. Le pitching, malgré un début difficile, a montré une progression notable. Lazzarotto-Gallaire a gagné en contrôle, Mirand en stabilité, Buchaca en précision. La résilience mentale, elle, a été exemplaire. Aucune baisse d’intensité, même dans les défaites les plus lourdes. Une capacité rare à cet âge.

 

L’avenir du softball féminin commence ici

Bien sûr, il reste du travail. Le contrôle au pitching doit encore progresser, avec trente-six walks concédés dans le tournoi. Les erreurs défensives doivent diminuer avec les répétitions, quatorze erreurs en six matchs. La gestion des grandes manches adverses doit être mieux maîtrisée, quatre manches de six points ou plus concédées. La communication défensive peut encore gagner en fluidité. Mais ces axes de travail ne sont pas des faiblesses : ce sont des pistes de développement, des étapes normales dans la construction d’une équipe qui découvre un sport. Ce tournoi n’est pas une histoire de défaites. C’est une histoire de progression. En six matchs, l’équipe de France 15U a appris, corrigé, ajusté et fini par gagner deux matchs, d’une manière construite, maîtrisée, méritée. Cette victoire n’est pas un détail : elle est le signe qu’un potentiel existe, qu’un groupe est né, et que le softball français peut s’appuyer sur cette génération pour grandir.

L’avenir commence ici, avec elles.

Céline Lassaigne a accepté de revenir sur le parcours des Bleuettes et d’envisager leur avenir. Merci à elle.

BTVF : La plupart des filles 15U viennent du baseball mixte. Est-ce historique ou est-ce dû pour ce groupe à l’arrêt du baseball féminin ?

Si l’on se penche sur l’histoire du softball jeune, la première équipe de France de Softball 15U (cadettes 16U à l’époque) a été créée en 2002. À l’époque, toutes les équipes de France 15U étaient composées de joueuses de baseball, car la plupart de nos clubs, à l’exception de quelques-uns, ne proposaient (comme aujourd’hui) que le baseball aux filles. Il est donc évident que depuis des années, le collectif 15U softball féminin existe et suscite l’intérêt de nos jeunes filles qui jouent au baseball. Une jeune fille rejoint un club parce qu’elle souhaite jouer à la balle et est orienté vers la discipline par le club. Aujourd’hui ce collectif a également démarré une dynamique de regroupement collectif à la fois de détection mais également de découverte de la discipline au travers notamment des camps prospects.

BTVF :  Comment vois-tu cette génération 15U dans la continuité de la filière softball ?

Comme à l’accoutumée, le staff de l’équipe de France de softball a mené des entretiens individuels avec les joueuses en fin de compétition. Ces entretiens visent à recueillir leurs impressions sur la semaine écoulée, ainsi qu’à discuter de leurs aspirations et ambitions futures. Toutes les joueuses ont exprimé leur enthousiasme pour cette expérience et leur impatience de découvrir les opportunités de jeu de softball féminin qui leur seront proposées dans leur catégorie d’âge. Il est donc évident que cette génération se construit un bel avenir dans le soft.

BTVF : Comment accompagnes-tu les joueuses dans le passage entre les deux disciplines ?

Actuellement, la question du passage entre les deux disciplines est centrale. Cependant, en adoptant une approche basée sur l’échange, en expliquant les réalités de terrain nationale et internationale, et en tenant compte des envies des filles, cette transition peut se faire sans le sentiment d’abandon ou d’obligation souvent évoqué (pas forcément par les filles elles même d’ailleurs).

L’objectif est que cette question de « passage » ne soit plus une question à l’avenir. Lorsque nous serons en mesure de permettre à nos jeunes filles de jouer entre elles et de leur proposer des entraînements et des matchs dans leur catégorie d’âge au softball, elles pourront s’épanouir et se comparer à « armes égales » avec d’autres jeunes filles, puis jeunes femmes. Cette « problématique », qui n’existe d’ailleurs dans aucun autre pays d’Europe, ne se posera plus.

BTVF : Quelles compétences se transfèrent le mieux entre les 2 disciplines et celles qui se transfèrent le moins bien?

Comme pour les campagnes EDF 15U précédentes, nous constatons que le pitching et la frappe sont les aspects de la performance qui souffrent le plus. Bien que la défense reste la partie la plus transférable de nos deux sports, nous remarquons que la plupart des filles manquent cruellement d’expérience de jeu. Il est crucial que les filles jouent plus souvent, ensemble et à différents postes. Il est important de souligner que tous les pays européens, en particulier ceux qui participent au championnat d’Europe jeune, investissent dans la formation de leurs jeunes filles en softball, et tous ont un programme et/ou un championnat softball jeune, certains proposant même la discipline bien avant (9U/13U).

BTVF :  Si tu avais carte blanche pour améliorer la filière softball dans les 3 prochaines années, que mettrais-tu en place ?

Le développement de la filière softball et plus particulièrement jeune féminin est un des axes de travail de la DTN et des projets sont déjà en cours dans ce sens. La DTN a pour vocation d’impulser un projet national et d’accompagner au travers d’apport de compétences, d’offre de formation, de partage d’expertise. Mais les pierres angulaires permettant une véritable dynamique de développement solide et pérenne du softball féminin sont les forces vives de la fédération que sont nos ligues, comités et clubs.

Dans les projets (dont certains sont déjà en cours)

– Développer une cartographie de référents softball (en cours) pour garantir que l’information parvienne efficacement aux ligues, clubs et licenciés. Souvent, l’information n’atteint pas les personnes concernées, notamment les licenciés. Les projets seront initiés par des personnes déjà convaincues par la discipline jeune et le projet. La création d’une ETN (Equipe Technique Nationale) qui permettrait de démultiplier la compétence softball sur l’ensemble du territoire.

– Proposer des formations sur les spécificités du softball (pitching, frappe, tactiques de jeu…) aux clubs qui le souhaitent mais qui manquent de compétences ou de confiance pour former les jeunes filles en softball. L’objectif n’est pas la perfection technique, mais de susciter l’envie et les opportunités de jeu pour les jeunes filles.

– Lancer une dynamique de regroupement départementaux et régionaux au sein de ligues et clubs déjà moteurs en softball, notamment sur le jeune féminin, autour d’événements tels que la Super League Jeune. Ces événements comprendront des sessions de formation le samedi et des matchs amicaux le dimanche sur un format ludique et compétitif. Ces occasions permettront aux jeunes filles de se rencontrer, de jouer ensemble et de s’épanouir en tant que jeunes femmes à part entière.

– Être présent pour les ligues et les clubs afin de les accompagner (selon leur besoins) et/ou de leur proposer des projets structurants visant à créer une dynamique collective softball féminin jeune au niveau régional et national. L’objectif final étant de pouvoir proposer à terme des interligues jeunes softball.

 

Il est important de souligner les actions existantes, notamment le plan de féminisation de la FFBS qui accompagne la mise en place de ces dispositifs DTN pour les filles dans nos disciplines. Des conditions d’engagement softball senior en lien avec le développement jeune ont également été instaurées. Sur le plan sportif et compétitif, il convient de mentionner l’existence des Open de France Jeune Softball.

 

Sébastien Dondé.

Crédit photos : RS de la WBSC Europe et Glenn Gervot.

Signé par

BaseballTV Team

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1 commentaire

  • Willy MVP

    Bonjour je trouve l’article contrasté sur le fait que les filles n’évoluent pas dans les championnats régionaux de baseball seniors
    Tout est une question de mentalité et de confiance à accorder aux joueuses tant que les mentalités évolueront pas effectivement les joueuses seront d’ officent relayées vers le softball féminin
    Les autres fédérations tendent vers le baseball féminin pourquoi pas la nôtre 🥺

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