C’est parti pour la Coupe d’Europe. Savigny et Rouen vont défendre les couleurs françaises à Karlovac. Est-ce le temps de rêver en grand ?
Rouen et Savigny ont fait le voyage ensemble, dans un même bus. Entre 15 et 20 heures sur les routes d’Europe, ça forge le caractère. Qu’ils aient choisi l’option transport en commun montre qu’on peut s’entendre en dehors du terrain. Mais aussi que les moyens sont décidément très limités. Il y a eu pas mal d’atermoiements, de changements de formules ces dernières saisons. La CEB a fait un peu n’importe quoi, avant, semble-t-il, de retrouver une organisation des compétitions qui ressemble à quelque chose. Les Français vont disputer la « Coupe d’Europe », la deuxième division européenne derrière la Coupe des Champions. Face à eux, Brno, Karlovac, Brasschaat. Des noms qui fleurent bon les émotions du mois de juin, les grandes batailles épiques, les victoires arrachées de haute lutte face à une concurrence élevée.

Mais ne rêvons pas trop. On ne peut pas dire que les Coupes d’Europe soient un moment de réjouissance pour le baseball français. Il n’est pas invité à la grand-messe de la Coupe des champions. Et les dernières apparitions d’un club tricolore à ce niveau se sont soldés par deux 0-5 sans pitié. Ce fut en 2023 et 2021 avec les Huskies. La dernière victoire française au plus haut niveau européen remonte à 2019, un succès 5-4 de Rouen contre les Belges de Deurne, arraché au dernier passage à la batte. Sinon, les clubs français bataillent au deuxième niveau européen, que l’épreuve s’appelle coupe d’Europe ou coupe de la Confédération. Quelques podiums par-ci, par-là, Sénart 2e en 2021, Savigny 2e en 2023, Montpellier 2e l’an passé. Le point commun ? Vous l’avez identifié : on ne gagne pas les finales. Il y a toujours un Espagnol ou un Tchèque pour gâcher le plaisir. Au total, sur les 5 dernières saisons européennes, la France est 20-23. À sa place. Bien située, mais dans la deuxième division.
Faut-il espérer mieux cette année ?
La formule ne fait pas de cadeau. Une poule unique de 5 équipes (elles devaient être 6, mais le représentant espagnol a renoncé) et une finale entre les deux meilleurs. Donc, cela fait 36 ou 45 manches à assurer. C’est là la première inquiétude : la profondeur du bullpen. Savigny s’est reposé essentiellement sur 4 bras, ceux de Coste et Pena (en starters la plupart du temps) et Orozco et Chevet (en relève). C’est un peu tendre pour un calendrier si compliqué. Même remarque à Rouen. Certes, le retour d’Esposito va faire du bien. Mais quid de l’état de santé de Prioul ? Il reste les deux Japonais Taido et Ito, Magnien et Manaranche. Là aussi, il manque singulièrement de personnel. Les coaches vont peut-être devoir choisir leurs matches, en sacrifier un ou deux pour privilégier certains affrontements.

Savigny devra s’appuyer sur sa puissance offensive, notamment un début d’alignement de niveau européen et tenter de limiter les erreurs en défense, même si l’absence d’un arrêt-court de métier peut se faire sentir à ce niveau. Les Huskies, qui sont 4-6 sur leurs 10 derniers matches, essaieront de retrouver un peu de la magie des phases finales du Challenge, en s’appuyant sur leur vitesse et en espérant, là aussi, que la défense tienne le coup. Car c’est souvent le gant qui fait la différence dans ces compétitions.
Cela posé, les deux représentants nationaux auront fort à faire pour décrocher la première place. Impossible de ne pas accorder le statut de favori au leader du championnat tchèque, le Hrosi Brno, qui non seulement peu s’appuyer sur de gros canons comme le récent naturalisé Ryan Johnson (.346, 6 HR, 26 RBI), mais qui a également la meilleure ERA de la compétition, ce qui n’est pas rien quand on connait le niveau de l’Extra League.
Les belges de Brasschaat semblent plus abordables, ils n’occupent que la 3e place de leur championnat, mais ils ont le meilleur batting average et la 3e ERA. Mais ce n’est jamais une partie de plaisir pour les clubs français d’affronter des Belges, et les duels se joueront très probablement sur le choix du pitching. Faire de l’adversaire du jour la cible pour éviter la dernière place pourrait, pour les trois équipes, être une stratégie payante.
Enfin le club local, Karlovac, vieil habitué des compétitions européennes, qui s’est frotté la saison dernière à la ligue des champions, sans remporter toutefois le moindre match. Le baseball croate ne cesse de progresser depuis plusieurs années, l’équipe nationale a pris la 8e du dernier championnat d’Europe, et Karlovac est une équipe très solide, très complète, qui ne rendra la tâche facile à personne.
Alors, la Croatie sera-t-elle une terre d’exploit qui verra un club français triompher de tous les obstacles, remporter le titre et s’inviter la saison prochaine au même banquet que les Allemands, les Hollandais, les Italiens ? Ou, au contraire, rien ne va fonctionner et un de nos représentants connaitra l’infamie de la relégation dans le marécage de la coupe de la fédération ? Disons qui si aucun de ces scénarios ne s’écrit, et que les Français sauvent leur peau tout en échouant les armes à la main contre les puissants Tchèques, on sera déjà content. Il ne faut pas trop se bercer d’illusions par les temps qui courent.
F.Colombier


