Un seul être leur manquait. Sans leur leader naturel, le charismatique et éternel Felix Brown, les Templiers de Sénart n’allaient peut-être pas nulle part, mais ne semblaient pas devoir faire partie de la bagarre du haut de classement. 2-4, il n’y avait rien pour écrire à sa mère. Puis Félix est arrivé et Sénart a connu le destin du Phénix. 6 victoires consécutives. Une moyenne offensive qui passe de .219 à .253, une ERA collective qui tombe de 6,32 à 4,09. Et la première place du championnat. Bon, là, ce n’est pas une garantie, puisque successivement Montpellier, Rouen, Savigny et La Rochelle ont essayé de prendre la tête du peloton pour impitoyablement se faire reléguer. Mais en tout cas Sénart est premier, ex-aequo avec La Rochelle mais devant grâce à 13-3 infligé aux Boucaniers le 11 avril. Quand on vous répète que tous les points risquent de compter cette saison…

Ce serait sans doute réducteur de résumer la poussée des Templiers au retour de Brown dans le line-up. Mais la coïncidence est pour le moins troublante. Peut-être fallait-il simplement aux Templiers cette pièce de plus, pour que tout se mette à fonctionner à merveille.
Pourtant, Sénart n’a rien d’extraordinaire : ils sont 6ème au batting average, 3ème à l’OPS, 5ème au nombre de bases volées, 6ème au nombre de strike-outs lancées, 7ème au fielding pourcentage. Ce n’est pas vraiment le portrait-robot d’une équipe de 1ère place. Tout juste peut-on remarquer que les sénartais sont patients (2ème pour les buts-sur-balles reçus) et précis (2ème pour les buts-sur-balles concédés) et que leur ERA de 4,20 figure au deuxième rang. Même constat pour les individualités, on trouve peu de Templiers dans le haut des classements, même si les .355 de Do Carmo ou les .351 de Lopez sont bien sûr à prendre en compte.
Alors que se passe-t-il ? On pourrait avancer que le championnat 2026 est assez faible, et que personne n’est capable de faire la différence et donc qu’une bonne série (avec 4 matches contre les deux derniers du classement sur les 6 victoires) suffit à se distinguer et à prendre les commandes. C’est sans doute une part de vérité. Mais on a aussi le sentiment que les Templiers forment un vrai groupe, qu’ils tirent tous dans la même direction, que les décisions prises sont les bonnes, tant dans la construction du line-up que dans la gestion du bullpen. Oui, le slogan des Templiers depuis plusieurs saisons est « we are family ». Mais il semblait qu’il s’agissait d’une déclaration un peu vaine. Ce n’est plus le cas cette année. Ce qui démontre cet état d’esprit, c’est la statistique des « retours de l’arrière ». 36 fois cette saison une équipe menait après 6 manches. Seulement 5 fois le score a été inversé. Et sur ces 5 fois, 2 appartiennent aux Templiers. On y croit jusqu’au bout à Sénart. D’ailleurs, ce retournement de situation après 6 manches s’est produit 3 fois ce week-end, Toulouse (eux aussi pour la 2ème fois) et La Rochelle y étant parvenus.

Parlons des Boucaniers, justement. On a longtemps cru qu’ils feraient la mauvaise opération du jour, avant, qu’une nouvelle fois, le pitching de relève vienne trahir Montpellier en 8ème manche. 3 lanceurs des Barracudas se sont succédé dans cette manche, mais rien n’y a fait : une erreur pour commencer, un but-sur-balles, un hit-by-pitch, deux wild-pitch, et 4 hits ont fait la différence. Cette récurrence des difficultés de pitching des Barracudas (où Delgado semble avoir disparu, mais bon dans le baseball français, on ne parle pas des absences, des départs, des retours) continue à leur coûter cher, même si le retour très convaincant de Ben Couvreur va faire beaucoup de bien, en attendant celui de Nayral, qui pourrait changer totalement la donne. En tout cas La Rochelle tient le cap, et cette victoire arrachée en fin de match est significative.

Il y a une chose qui n’a pas changé après cette journée, c’est que deux équipes restent en dehors des séries, ô d’un rien, mais elles sont en dehors : Rouen et Toulouse. Mais la situation n’est pas la même pour les deux clubs. Rouen a laissé passer une énorme occasion en menant 4-1 en 6ème manche du match 2, après avoir tranquillement contrôlé le match 1 (5-1). Les Huskies avaient leur meilleur lanceur, Ito, sur le monticule, et avec son ERA de 0,53, il n’y avait pas grand-chose à craindre. Il y avait même deux retraits (et un coureur sur les sentiers) quand Bamberger s’est présente au bâton en 7ème manche. 4 hits plus tard, les toulousains avaient pris les devants 5-4, rajoutant un point d’assurance en 8ème, mettant ainsi fin à 13 ans d’échec et 25 défaites consécutives à Rouen, et gardant la tête hors de l’eau et l’espoir d’aller en play-offs. Le duo Soriano – Velazco a fait le show tout le week-end, et on a le sentiment que le Stade ira aussi loin que ses 2 sluggers l’amèneront. Quant aux Huskies, on continue à se gratter la tête : cette équipe a encore trop de trous, de faiblesses techniques et psychologiques, pour viser son 20ème titre. Il faudra bien sûr juger les rouennais quand leurs lanceurs seront tous présents, mais pour l’instant Rouen ne rassure pas même ses plus fervents supporters.

Savigny a tremblé aussi, après avoir vu Béziers prendre le meilleur sur Pena, ce qui n’est pas arrivé souvent cette saison. Mais les Lions se sont repris dans le match 2, dans un scénario débridé qui semble leur convenir à merveille, une slugfest de 25 hits et 23 points, où encore une fois les frères Amoros ont frappé tout ce qui bouge (5 hits et 9 RBI à eux deux). On continue à agiter le chiffon rouge de la défense pour les Lions, encore 8 erreurs ce week-end, mais ça tient, et Savigny réussit à compenser par son attaque. Pour Béziers, les 4 matches d’avance sur le PUC représentent un solide coussin, qui leur permet sans doute de ne pas trop regarder vers le bas, mais de se concentrer sur une éventuelle remontée vers la 4ème place, distante après tout que de 3 matches. Il faudra devancer Rouen et Toulouse, ce n’est pas du tout cuit, mais Béziers pourrait bien être la grosse sensation de la deuxième moitié de saison.

Et on finit ce tour d’horizon avec le PUC, désespéré par le manque de réussite (ou d’efficacité, de réalisme) des pucistes. On vous a expliqué que les parisiens auraient pu remporter au moins 3 matches, si ce n’est 5, depuis le début de la saison, mais qu’ils n’ont pas su garder des avances ou conclure au moment opportun. Scénario identique dimanche, alors qu’ils menaient 3-0 après 7 manches avant qu’un strike-out relâché en 8ème manche, puis un triple de Brown (on vous a dit à quel point son retour est important) créé l’égalité et qu’une erreur en fin de 9ème manche vienne sceller le sort du match. Le PUC ne lâchera sans doute rien, mais il va devenir vraiment difficile d’y croire.
F.Colombier
Crédit Photo : RS Club





