Encore quelques semaines d’hiver, et la D1 reprendra ses droits. Histoire de faire monter un peu la pression, Baseball TV France vous propose un premier tour d’horizon de la saison 2025.
L’Europe en point de mire.
Cette nouvelle saison sera marquée par trois évènements internationaux, le championnat d’Europe U12, début juillet, le championnat d’Europe U23, début août et le championnat d’Europe Seniors, fin septembre. On ne va pas trop s’attarder sur ces compétitions, puisque tout ce qui compte, selon le président de la FFBS, c’est de ramener une médaille olympique en baseball five. Juste rappeler que l’équipe nationale jouera dans un véritable groupe de la mort, face à Israël, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, dont il sera bien compliqué de sortir. Sur ces trois compétitions européennes, est-ce que les Bleus parviendront enfin à arracher un podium ?
Fort heureusement, après des premières versions qui étiraient la saison jusqu’à fin octobre, la Fédération a réussi à faire tenir les 14 journées du championnat de D1 et les 2 tours de séries entre le 22 mars et le 14 septembre, quitte à sacrifier le All-Star Game, ce qui n’est pas une grande perte. Puisqu’on parle d’enjeux européens, la France accueillera la Coupe d’Europe de baseball, du 2 au 7 juin. Deux équipes françaises seront en lice, Rouen, le club organisateur et Montpellier. Ils affronteront un espagnol (Tenerife), deux belges (Hoboken et Deurne), deux autrichiens (Vienne et Wiener Neustadt) et un croate (Split). Il faut bien reconnaître que les coupes d’Europe ont perdu un peu de lustre et de visibilité avec le départ des clubs hollandais et italiens, et que la Ligue des champions, dans laquelle on retrouve des allemands, des tchèques, un espagnol et un croate, ne ressemble pas vraiment au plus haut sommet européen.

Un peu de nouveauté.
Mais revenons à notre bon vieux championnat de France, en y accueillant un petit nouveau, Béziers. Les Pirates sont le 23e club à accéder au plus haut niveau national au XXIe siècle. Cela rétabli un peu l’équilibre entre nord et sud, mais le constat demeure que le baseball français de haut-niveau est caractérisé par une transversale du vide, qui va du sud de l’Île-de-France au nord de l’Occitanie (à la notable exception de La Rochelle), sans club pouvant jouer en D1, ce qui rend forcément les déplacements plus compliqués.
Béziers sera mis tout de suite dans le grand bain, puisque pour leurs débuts en D1, les Pirates traverseront la France pour poser leur galion sur les bords de la Seine. Pas simple pour un promu de se frotter au champion de France, même s’il vaut toujours mieux jouer Rouen en début de saison qu’au moment des play-offs. Ce sera un premier test qui pourrait en dire long sur les ambitions de Béziers face à la réalité du haut niveau.
Quoi de neuf dans les rosters ?
On ne connait pas grand-chose encore des effectifs 2025. Il reste à espérer que les clubs seront ouverts en termes de communication, qu’ils ne retiendront pas les recrutements jusqu’au dernier moment, qu’on aura des infos complètes et précises sur les nouveaux joueurs. La culture du secret reste encore trop ancrée, et contribue au manque de visibilité du championnat et du baseball. Les Huskies ont lâché quelques noms, deux nouveaux exports pour remplacer la paire Smith-Defries, l’arrivée de Kenny Esposito, le retour de Luc Viger, mais quelque chose nous dit que ce n’est pas fini, tant au niveau des arrivées que des départs, du côté du championnat de France. En tendant l’oreille à droite et à gauche, on apprend que Montpellier aurait un nouvel entraîneur américain et que l’avenir d’Owen Ozanich ne serait plus du côté de Veyrassi, que Béziers viserait un fort recrutement non-JFL, que Quentin Moulin (Hambourg) et Nicolas Antoine (Regensburg) tenteront leur chance outre-Rhin, que pas mal de clubs auraient des difficultés financières les contraignant à couper dans le recrutement étrangers, notamment Savigny et Toulouse. Tout cela étant bien sûr au conditionnel. On peut aussi se demander que deviendront certains joueurs de Montigny comme D. Mayeux (qui serait annoncé du côté de Sénart), le prometteur Lassaline, le combatif Do Carmo. On pense aussi évidemment à Yorfrank Lopez qui a posté un billet d’adieu aux Cougars sur ses réseaux sociaux, ce qui ne veut pas dire qu’il dit définitivement au revoir au championnat de France.

Un petit peu plus de JFL
Après une première saison d’expérimentation, on remet ça sur les JFL, en espérant que les coaches apprendront mieux leurs leçons et qu’on ne verra plus des matches perdus sur tapis vert en raison de cette clause, qui a peut-être coûté une place en demi-finale aux Cometz. Des sources proches de la CFS nous ont confié qu’on a évoqué l’idée d’étendre la mesure aux shortstops, mais que l’idée a vite été rangée dans les placards. C’était sans doute compliqué et prématuré, mais le poste d’arrêt-court continue à être trusté par des étrangers. Mais on en reste aux 5 joueurs JFL en jeu et on maintient les contraintes pour les lanceurs, qui restent à 7 manches obligatoires pour un programme double et 11 pour un programme triple. C’est plutôt une bonne idée.
Une vision constructive
La DTN et la CFS ont le mérite d’essayer de construire sur le long terme, de donner de la visibilité aux clubs alors que leur situation économique est de plus en plus complexe. On ne peut que se féliciter de voir ainsi demandée une captation vidéo et une diffusion en direct des matches, même a minima. Dans les documents diffusés aux clubs que Baseball TV France a pu se procurer, on lit, comme demande aux clubs, de « collaborer activement entre eux, avec la Fédération, avec les médias locaux et nationaux, ainsi que sur les réseaux sociaux, pour promouvoir les matchs, les joueurs et la compétition dans son ensemble », ce qui devrait aller de soi, mais n’est pas suffisamment mis en œuvre. Bref, on veut donner de l’allure à la compétition, avec une utilisation harmonisée des logos, des marques, des photos de joueurs, ce qui renforcera l’image de la D1 et sera positif pour tout le monde.
On insiste aussi beaucoup sur le fait de jouer le samedi et le dimanche, avec des arguments sportifs, économiques, d’attractivité, mais aussi de santé et de sécurité. Pour avoir traversé la France en minibus les nuits du dimanche au lundi, on approuve ce dernier point. Sur le fond, il est difficile de s’opposer à cette volonté, mais il est certain que les clubs ont aussi de fortes contraintes organisationnelles. Il sera intéressant de voir qui jouera le jeu et qui restera au bon vieux programme double du dimanche.
Enfin, il faut savoir que toutes les conditions d’engagement pour la saison 2025 serviront de grille d’évaluation pour l’obtention des droits sportifs pour la saison 2026. partir de 2026, il n’y aura plus de condition d’engagement dite « déclarative », mais plutôt une reconduite des droits sportifs de la part de la fédération basée sur l’évaluation de N-1. On ne peut être contre la vertu et la construction.

Des jeunes à suivre
Un vent de jeunesse souffle sur la D1, avec quelques profils très prometteurs. Baseball TV France s’est livré au petit jeu d’en désigner un à suivre par équipe, ce qui est forcément restrictif. Mais voici les 8 jeunes talents, de moins de 20 ans, qu’on regardera de plus près cette année.
Béziers : Baptiste Volpato, 16 ans 7 mois. Personne n’a oublié son titre de meilleur frappeur du championnat d’Europe 15 U, (.692), couronné par un 4 en 4 (dont un home-run) contre les Pays-Bas, performance dont on ne souvient pas d’avoir vu un autre frappeur tricolore la réaliser. Ce fut un peu plus compliqué la saison dernière, sa première en D2 avec les Pirates, une moyenne assez ordinaire de .283 avec toutefois 11 RBI, mais aussi 19 strike-outs. Rien de bien grave pour un jeune frappeur, cela dit. S’il prend quelques centimètres et quelques kilos de muscles et si la motivation est présente il pourrait devenir un solide cogneur, en tout cas on suivra avec intérêt ses confrontations contre les meilleurs lanceurs de D1.
La Rochelle : Esteban Briones ,18 ans 7 mois. Il est certainement l’un des leaders de la next gen du baseball français. Et il est meilleur quand l’opposition de le devient. Sa moyenne de la saison est de .298, elle monte à .339 dans les matches contre le top-4 du championnat et même à .409 contre les meilleurs lanceurs de la saison (Lopez, Vincent, Igami, Prioul, Canelon, Paredes, Orozco). Vous voulez d’autres chiffres ? Il est le numéro 3 français pour le slugging, le numéro 2 français pour l’OPS +, le numéro 2 français pour le Win Probability Added. C’est du très costaud. En défense, ses 4 erreurs ne l’empêchent pas de figurer au 5e rang des champs extérieurs pour le Range Factor et au 6e rang pour les Fielding Runs. C’est le plus dur qui commence pour lui, confirmer cette réussite, mais on ne doute pas vraiment qu’il y parvienne.
Metz : Hugo Py, 16 ans 5 mois. Ce ne fut pas une saison facile pour le plus jeune joueur du championnat. 10,1 manches lancées, mais 16 hits (dont 3 circuits) et une moyenne de points méritée qui frôle les 9, voilà ce qui s’appelle un apprentissage difficile, même si on remarque qu’il n’a lancé que 3 buts -sur-balles, et c’est bien une des qualités premières d’un lanceur que de toucher la zone. Mais surtout, on a beaucoup aimé sa sortie en demi-finale du Challenge de France contre La Rochelle. Certes, quand il est entré pour lancer 2 manches en fin de match, le score était acquis (7-2), mais il est passé au travers du line-up des Boucaniers, dans une situation quand même très stressante, puisqu’il s’agissait de qualifier Metz à sa première finale au plus haut niveau. Il lui reste encore beaucoup à apprendre, mais les Cometz lui donneront peut-être une chance de progresser.
Montpellier : Ben Couvreur,
17 ans 6 mois. Il ne devrait pas être dans cette catégorie. Quand on a été désigné meilleur lanceur de la Coupe du monde de baseball 15U en 2022, avec notamment 5,2 manches superbes contre la Colombie (0 ER, 6K), puis qu’on a réussi une performance majuscule quelques mois plus tard au championnat d’Europe U18 contre l’Espagne (3,2 IP, 0 ER, 7K), et qu’en 2023 on a été élu MVP de la finale du championnat de France, qu’on a eu le droit à un article sur le site mlb.com titré « the teenage pitching sensation who’s putting French baseball on the map » on n’est évidemment plus un espoir. Mais connaitre une saison totalement blanche en raison d’une blessure au coude, c’est, à son âge, très préoccupant. On suivra donc avec beaucoup d’attention et d’intérêt (et d’inquiétude) le retour au jeu du gaucher, en espérant très vite le revoir à son meilleur niveau.
Rouen : Alex Laval-Quesney, 17 ans 6 mois. Il a montré des choses intéressantes la saison dernière, blanchissant Savigny pendant 5 manches, faisant pareil contre Montigny. Ce fut plus compliqué contre Montpellier pour sa première apparition en D1 (2 points, 3 buts -sur-balles en 1,2 IP) puis contre Metz pour clôturer la saison (3 points mérités en 2 manches), mais le jeune lanceur a un certain potentiel. Une fracture l’a privé de la fin de saison et du titre U18, mais on connait l’habitude à Rouen de donner leurs chances aux jeunes lanceurs pour préparer la relève et il pourrait jouer un rôle intéressant cette saison.
Savigny : Théo Rioux, 18 ans 3 mois. 4e meilleure moyenne défensive de la D1 en 3e base, Rioux s’est imposé dans le hot-corner des Lions. En attaque, on a apprécié sa vitesse qui lui a permis de voler 9 bases dans être retiré et de frapper deux doubles et un triple, ce qui lui vaut une belle 19e place en secondary average. En prenant un an d’expérience, il devrait pouvoir diminuer son nombre de strike-outs et frapper avec un peu plus de régularité, et monter dans la hiérarchie du solide line-up des vice-champions de France.
Sénart : Tristan Laufenbuchler, 19 ans 10 mois. Il représente une rare oasis dans le désert des arrêts-courts français de D1. Ce fut certes très compliqué pour lui offensivement, avec un faible .129 de moyenne, aucun coup de plus d’un but, .052 d’OPS+. Mais il a gardé ses meilleurs moments à la batte pour les moments où ça compte, le barrage contre Montigny avec son 1er triple de la saison et un 2 en 4 dans le match décisif. Malgré ses 9 erreurs, il a montré quelques bons flashes en défense, avec une 3e place parmi tous les arrêts-courts en range factor. Il devance dans toutes les catégories défensives, ou presque, son acolyte Felix Brown, et devrait probablement devenir le shortstop titulaire de la jeune équipe de Sénart.
Toulouse : Arthur Saumande, 18 ans 10 mois. Des trois mousquetaires du champ extérieur toulousain, il semble le plus prometteur. Son OPS+ de 129 démontre qu’il est déjà parmi les bons frappeurs du championnat, il sait courir (8 bases volées en 9 tentatives) et être productif (12,4 runs created). En défense, ses 3 assits le mettent au niveau de Brossier ou Jiminian, ce qui n’est pas mal du tout comme comparatif. Bref, un joueur vraiment complet, qui pourrait éclater cette saison et gagner sa place en équipe de France.
F.C.
