Tous les sports ne bénéficient pas de la même lumière. En France, certaines disciplines évoluent encore trop souvent dans l’ombre, loin des projecteurs médiatiques. Mais certains choisissent de changer la donne.
C’est le pari d’Olivier Crétel. Dans son ouvrage consacré à ses rencontres avec des athlètes issus de ces sports méconnus, l’auteur braque enfin les projecteurs sur celles et ceux que l’on voit trop peu. Une plongée au cœur de parcours singuliers, faits de passion et de discrétion.
Pour incarner le softball, il a choisi Pauline Prade. Son témoignage, à découvrir en conclusion de l’interview de l’auteur, vient prolonger ce travail de mise en lumière et donner voix à une discipline encore trop confidentielle.

BTVF : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
OC : Je suis journaliste territorial et chargé de communication pour une commune du Nord de la France et également auteur de livres de sport. Une activité secondaire, car je n’en vis pas, mais passionnante qui me permet d’aller à la rencontre de grands champions.
BTVF : À travers vos ouvrages, vous mettez en lumière des parcours de sportifs et sportives, souvent issus de disciplines peu médiatisées — de Philippe Baye à d’autres figures méconnues. D’où vous vient cet intérêt pour ces trajectoires singulières ?
OC : Dans tous les domaines, je vais chercher ce qui est différent, ce qui n’est pas mainstream. J’apprécie la musique métal et les films de genre. en recherche de découverte pour éviter de tomber dans le classique, le redondant. Pour mon activité d’auteur, je suis dans la même démarche. J’apprécie les sports « classiques », comme tout le monde. Je trouve cependant que les médias manquent de propositions « autres » dans ce domaine. Il est évident que tu vas cartonner en diffusant la coupe du monde de football, alors pourquoi tu ne prends pas quelques risques en proposant des disciplines moins courantes ? Parce que le public ne les connait pas. Effectivement, mais comme elles ne sont pas diffusées… C’est le serpent qui se mord la queue. Je suis donc devenu un outsider qui met en valeur des outsiders.

BTVF : Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter ces sports là plutôt que les disciplines médiatisées et à quel moment avez-vous senti qu’il y avait une histoire à raconter derrière ces pratiques “invisibles” ?
OC : Parce que je suis un kamikaze (rires). Déjà la littérature sportive est une marge dans le domaine de l’édition. Moi, je vais chercher, en plus, des sports que l’on ne connait pas. C’est suicidaire, commercialement parlant, mais ça me plait. Une autre raison plus pragmatique : je ne suis pas journaliste à l’Equipe. Je peux donc difficilement prétendre prendre contact avec un Wembanyama ou un Mbappé et leur proposer une biographie sans passer pour un charlot. L’approche des sportifs amateurs ou peu médiatisés est plus facile et ces personnes sont, en général, très réceptives puisque peu sollicitées.
BTVF : Vous êtes allé à la rencontre des 15 sports différents soit seize sportifs et une équipe complète ?
OC : Oui, les choix se sont fait au gré de recherches personnelles étalées sur plusieurs mois. Car, je n’ai pas la prétention d’affirmer que je connaissais tous les sports du livre avant de démarrer l’écriture. A la suite de la sortie de mon premier ouvrage consacré à une légende mondiale du handibasket, j’ai voulu enchainer avec un deuxième opus. Je me suis intéressé à une référence du catch français, Tom La Ruffa, l’un des seuls Français à avoir catché à la WWE. Quand je l’ai contacté, il m’a dit : « Mec, tout un bouquin sur moi, ça va pas le faire ». OK, un format court, pourquoi pas. Un ami photojournaliste avait fait un reportage sur le double champion du monde de chessboxing Thomas Cazeneuve. Je lui demande le contact et l’appelle. Il kiffe l’idée et s’ajoute au sommaire. De fil en aiguille, à chaque fois que je contacte une fédération, une équipe, un sportif, je peux indiquer les autres participants au projet, ça me donne plus de poids dans la négociation.
Finalement, le sommaire s’est figé au gré des accords de certains, des refus d’autres, des ghosting de quelques-uns, des annulations de dernière minute. On trouve un panel assez varié : sports de combat, sports de balle, sports d’eau, de glace, individuels, en équipe… Avec une belle part faite au sport féminin et un focus sur un sport paralympique également. Il y en a pour tous les goûts.

BTVF : Quelle a été votre approche pour gagner leur confiance et capter leur authenticité et avez-vous été surpris par certaines rencontres ?
OC : Je pense qu’en faisant la démarche de les contacter, je fais 50% du travail. Une telle sollicitation est tellement rare pour ces sportifs « de l’ombre » que l’on part rapidement sur de bonnes bases. Pour atteindre le très haut niveau de leurs disciplines, ces sportifs sont forcément ultra passionnés par ce qu’ils font. Le postulat de départ en a séduit beaucoup. Je ne venais pas avec une vision journalistique ou technique des choses. Je voulais travailler autour d’eux, de leurs parcours, de leur vécu, avec leurs mots (même si je retravaille ensuite pour rendre les choses plus « littéraires »). Ce contrat moral d’authenticité a levé les dernières barrières ou, au contraire, a fermé celles de ceux qui ne se sont pas sentis à l’aise avec cette « mise à nu ».
J’ai pris le parti de ne pas préparer outre mesure les interviews. Je ne voulais pas trop connaitre mes interlocuteurs, pour voir où ils acceptaient de m’emmener. Certes, un Tom La Ruffa ou l’équipe du Graoully curling communiquent beaucoup sur leur carrière, mais on a toujours trouvé le moyen d’être original grâce au point d’accroche du texte, à une forme différente d’écriture…
Personnellement, des parcours comme ceux de Daphné Suski, championne d’Europe de run archery, de Marina Correia, championne du monde de longboard dancing, de Sonia Heckel et Florent Brachet, numéros deux mondiaux de boccia, m’ont touché de par la gravité qui les entoure et la résilience qu’ils font transparaitre. J’aime beaucoup aussi les récits au cœur de la bataille comme avec mes deux champions du monde de béhourd ou l’épopée folle de Thomas Cazeneuve en Inde. Enfin, les textes sur le curling ou le sumo amènent des respirations humoristiques sympathiques pour un auteur.
BTVF : Quel est le fil rouge qui relie tous les portraits du livre ?
OC : Clairement, c’est l’humain. Tous les récits sont écrits à la première personne. C’est le sportif qui parle au lecteur, en face-à-face, sans fard. Sonia nous parle de ses jeux de Paris complètement foirés. Daphné de sa descente aux enfers. Claire Moal, capitaine de l’équipe de France de kayak polo, évoque comment des méthodes de management ont failli détruire des athlètes. On n’est pas dans le paraitre devant les caméras, on découvre une part de l’intime, du vestiaire. On parle de doutes, de peurs, de risques, de joies et de réussites aussi.

BTVF : Est-ce que ces disciplines portent une forme de “pureté” du sport que l’on ne retrouve plus ailleurs et votre livre est-il aussi une critique implicite du sport businessisé ?
OC : Soyons clair : j’apprécie de regarder la Ligue 1, l’équipe de France de foot, le Tour de France, les Six nations. Comme tout le monde, je me suis passionné pour les jeux olympiques de Paris. Donc, il n’y a pas de cynisme dans ma démarche, ni une volonté d’opposer pro et amateur.
Maintenant, on ne peut pas ignorer certaines dérives du sport pro. On ne peut pas taire le fait que les athlètes olympiques, une fois la flamme éteinte, ont perdu la quasi totalité de leurs sponsors. On ne peut que constater que de très nombreux médias et que l’argent tournent toujours autour des mêmes. Alors, effectivement, il y a un certain « retour aux origines » quand on s’intéresse aux sports alternatifs.
Saviez-vous, par exemple, que les joueurs d’ultimate s’auto-arbitrent en compétition internationale ? Ce sont les joueurs entre eux qui déterminent s’il y a faute sur telle phase de jeu. Je ne pense pas que cela soit envisageable en football ou au tennis.

BTVF : Vous avez choisi pour représenter les sports de batte, le softball féminin via Pauline Prade ? Raconter nous votre rencontre notamment lors du match que vous êtes allé voir ?
OC : Effectivement, au fil de mes recherches, j’ai rapidement pensé à intégrer un sport de batte. Le baseball est encore trop connu du grand public pour moi, alors je me suis orienté vers le softball. Contrairement à d’autres sports collectifs que j’ai au sommaire, il n’existe pas une figure majeure et incontournable en softball, une figure de proue que j’aurais été obligé de contacter. Cependant, j’avais trouvé une interview de Pauline sur un média de sport féminin donc j’avais son nom en mémoire quand j’ai contacté la fédération de baseball.
Je suis descendu sur Nice pour rencontrer plusieurs sportifs du secteur, moi le Nordiste. Pauline est venue à ma rencontre, en voisine de Saint-Raphaël. Nous avons eu une très longue discussion sur la promenade des Anglais et j’avoue être sorti de là avec plus de questions que de réponses.
Pauline est une personnalité complexe. Elle fait l’unanimité auprès de ses coéquipières et des instances du softball français, mais elle est constamment en remise en question, à la recherche de la perfection jusqu’à l’auto-flagellation parfois. Elle veut tellement offrir à son sport qu’elle peut s’abandonner à cette passion au détriment de tout le reste. Cela donne une immense championne qui enfouit ses fragilités derrière le masque de la battante.
Le texte sur Pauline est très différent des autres nouvelles incluses dans le livre, grâce à un tour de passe-passe littéraire que ceux qui liront le livre découvriront. J’ai revu, ensuite, Pauline à Colombes dans le cadre d’un match entre les Comanches et les Wildcats. C’était amusant de voir ce terrain de softball entouré de barres d’immeuble, avec ces locataires qui faisaient leur barbecue sur leur terrasse tranquillou, sans même jeter un œil au match, blasés. J’ai vécu le match de manière très sensorielle avec les odeurs de grillades, avec les tambourinages des joueuses sur la tôle du dug-out… Un chouette moment qui a levé également un doute chez moi : les règles ne sont pas si compliquées que ça à comprendre, au moins pour les grandes lignes.
BTVF : Que pouvons vous souhaiter ?
OC : J’espère que l’ouvrage trouvera son public et permettra une mise en lumière, même minime, de ces sports et de ces sportifs. Ils le méritent. J’invite tous ceux qui sont un peu curieux à se pencher sur cet ouvrage pour ouvrir leurs horizons. Il y a un sport pour chacun, encore faut-il le connaitre et le trouver. Plus personnellement, j’édite chez Tous au sport éditions, une maison associative spécialisée dans le sport pour tous. Le fondateur de la maison d’édition est le premier à ne pas comprendre pourquoi je n’ai pas trouvé de plus « gros » éditeur pour faire paraitre l’ouvrage. Alors, si celui-ci peut m’ouvrir une porte, je suis preneur. J’ai plusieurs idées dans ma tête d’outsider et pourquoi un tome 2 des sports alternatifs dans lequel j’intégrerai le baseball5

Et Pauline Prade, que pense t’elle de s’être livré aux oreilles d’Olivier Crétel ?
Pour ma part, j’ai été d’emblée très emballée par le projet, qui sortait un peu du commun et donnait une voix aux sports de l’ombre. J’ai voulu apporter mon aide à Olivier pour lui permettre d’avancer sur ce projet et ça a été une belle expérience pour moi aussi. Pour la partie softball, on ne savait pas où ces divers échanges nous mèneraient mais on a décidé d’y aller quand même. Et au final, c’est un récit très personnel qu’Olivier a su retranscrire avec une infinie justesse, tout en faisant découvrir notre discipline. Dans un style très abordable et fluide, le lecteur est plongé dans le jeu et ses enjeux, il est propulsé aussi bien sur un terrain de soft que dans ma tête pour tenter de comprendre tout ce qui peut s’y jouer !
Se procurer le livre : https://www.taseditions.fr/produit/leur-sport-leur-va-si-bien-au-coeur-des-sports-alternatifs-des-destinees-de-champions/




