Le championnat est passé en mode siège éjectable. Il ne fait pas bon être leader. Tour à tour Rouen, Montpellier, La Rochelle ont essayé de s’asseoir sur le trône, pour aussitôt en être chassés. Ce sont désormais les Lions, forts de 4 victoires consécutives, qui tentent leur chance à la première place. Jusqu’à quand ? Ce qui est certain, c’est que personne ne se détache. Toutes les équipes affichent un certain nombre de faiblesses, qu’on retrouve le plus souvent dans trois catégories, les erreurs, les buts sur balles, le bas de line-up. Cela dit, les Lions font un solide leader. Leur rotation est bien équilibrée, le line-up tout autant, quelques jeunes joueurs viennent apporter la pierre à l’édifice construit par les vétérans. C’est costaud, ça peut traverser des tempêtes. Mais les Lions n’ont tourné qu’un seul double-jeu pour l’instant, et sont l’équipe qui a commis le plus d’erreurs (24), ce qui se paie toujours sur le long terme. En tout cas, Savigny a fait le travail proprement contre les pauvres pucistes, avec cette petite touche de chance, ou de talent, qui caractérise les équipes en forme, à l’image du double de Hugo Désir rentré comme frappeur suppléant et qui a lancé la grosse manche des Lions dans le 1er match.

Une autre équipe est invaincue depuis 4 matches (et, coïncidence ou non, depuis le retour de Felix Brown), ce sont les Templiers de Sénart, qu’on n’attendait pas à si bonne fête après des débuts laborieux. Après avoir corrigé Montpellier, ils ont su tenir tête à une équipe de Béziers toujours accrocheuse, avec une gestion intéressante du bullpen, comme cette relève décisive de Vera dans le 1er match contre les Pirates, ou l’apport de Mathieu Brelle en fin de match. Sénart frappe fort (3 HR dans ses trois derniers matches) et possède des joueurs de grande expérience qui sont capables, après deux saisons négatives, de remettre les Templiers sur la carte.

La Rochelle a donc cédé son poste de leader, mais non sans démériter. Les Boucaniers sont passés à pas grand-chose de balayer les Huskies, ce qui serait probablement arrivé sans les 4 erreurs du match 2. Les errements défensifs ont abouti à trois points non mérités, qui ont fait la différence. On retiendra l’énorme performance de Pena dans le match 1, deux home-runs dont le grand chelem décisif, 6 points produits, difficile de faire mieux. La Rochelle continue de survitaminer son contingent de non-JFL, après l’arrivée récente de Schechter, puis celle du lanceur américain Matthew Dadlani pour une pige de quelques semaines, avant l’arrivée d’un autre lanceur américain. Ça fait beaucoup, mais cela ne doit pas occulter les performances des jeunes français, dont Krzykawiak qui surprend au monticule et Hernoux qui a cloué le cercueil des rouennais samedi dernier.

Toulouse continue à s’accrocher, mais laisse un peu trop filer d’occasions à domicile. Les choix de coach Perez sont intéressants, notamment celui de faire confiance de Duquenoy comme starter, ce qui lui permet de disposer d’un duo Laot – Rojas très dynamique en relève. Le pari n’est pas pour l’instant gagné (0-3, 7,91 pour le jeune lanceur), mais il s’inscrit sur le long terme. Si Duquenoy prend de la confiance, règle ses problèmes de contrôle au fil de la saison, Toulouse aura des solutions performantes au monticule et sera un des outsiders sérieux.
En bas de classement, le PUC cherche toujours sa première victoire, et on peut commencer à être un peu inquiet pour l’avenir des parisiens. Ils se battent, ils font ce qu’ils peuvent, mais survient toujours un moment où tout s’effondre. La 7è manche du match 1 contre Savigny est typique de ce qui arrive au PUC. Le score est de 0-0, le PUC marque un point sur une erreur, remplit les sentiers avec aucun retrait. Deux strike-out et un roulant plus tard, aucun autre point ne sera venu marquer, et Savigny en marquera 5 à son retour à la frappe. Les parisiens tenaient le match, puis se sont effondrés, un scénario qui a tendance à se répéter, notamment dans les manches 6 et 7, où les parisiens affichent un déficit de -23 points.
Ce ne sera pas simple d’aller chercher Béziers, qui a trois matches d’avance et qui a mangé une partie de son pain noir avec déjà 8 matches à l’extérieur sur 10. Les Pirates se sont inclinés de pas grand-chose contre Sénart, ils iront certainement chercher d’autres belles victoires, si leur attaque se montre un peu plus productive et le pitching moins généreux.

Quant aux deux mal en points, Rouen et Montpellier, ils ont évité la catastrophe d’un rien. Quand les Huskies ont commis une erreur sur le 1er frappeur de la 9ème manche du match 2, on a même pensé que Rouen allait, comme la saison dernière, tout lâcher en fin de rencontre contre les Boucaniers, mais la défense a tenu le choc. Elle est d’ailleurs une des rares satisfactions du début de saison des rouennais, qui se cherchent encore en attaque et en relève. Les Barracudas ont pris encore l’eau contre Toulouse, avec ce cocktail déjà bien connu de buts-sur-balles et d’erreurs. La victoire dans le match 2 ne fait pas oublier que si Montpellier marque beaucoup de points (97, 24 de plus que le suivant), il en encaisse énormément (93, 19 de plus de que le suivant). Dans un championnat qui s’annonce très serré, il n’est pas du tout impossible qu’une place en play-offs se joue au départage, et les lourdes défaites subies en cours de saison pourraient bien rattraper les Barracudas.
Une seule certitude, c’est que rien n’est joué, et que chaque journée, chaque match, chaque at-bat vont avoir une vraie importance. Et l’équipe qui saura faire la différence à l’extérieur aura une bonne possibilité de se démarquer. En effet, jusqu’alors, la D1 est un championnat très casanier : 28-10 à domicile pour l’ensemble des équipes (et donc 10-28 à l’extérieur), .269 contre .237 de batting, 4,37 contre 6,75 de ERA. On est si bien chez soi…Est-ce que quelqu’un parviendra à bouleverser cet ordre bien établi ?
François Colombier
Crédits photographiques : RS CLub






