C’est la finale idéale. Celle qui va trancher la question de la supériorité entre les deux meilleures équipes françaises de ces cinq dernières saisons : Depuis 2021, 3 titres de champion pour Rouen, 1 pour Montpellier, 1 Challenge pour les Huskies, 2 pour les Barracudas. 79 victoires et 33 défaites pour Rouen (.705), 84 victoires et 33 défaites pour les Barracudas (.718)
Et si on salive d’avance, c’est aussi parce que les derniers affrontements entre les deux formations ont fait des étincelles. Les quatre matches de la demi-finale 2021 se sont tous joués à 1 ou 2 points d’écart. En 2022, Montpellier menait 8-0 à l’orée de la 9è manche avant de s’incliner 12-13 en extra-inning. Puisqu’on parle d’extra-inning, tout le monde se souvient des 4h30 et des 13 manches de cette saison, avec un come-back des Barracudas en fin de match et un autre des Huskies dans l’ultime inning pour effacer 3 points de retard. Et on n’oublie pas non plus le féroce bras de fer de la demi-finale de Coupe d’Europe, remporté 2-1 par Montpellier. On pourrait aussi remonter à 2011 et aux 3 matches remportés par Rouen après en avoir perdu deux à Montpellier.

Tout est donc réuni pour que cette finale trouve sa place dans l’histoire. Les deux formations ont terminé avec la même fiche de 20-8 et des statistiques relativement comparables : prenez le pitching : 3,24 de ERA pour Montpellier, 3,25 pour Rouen, ou l’on-base percentage .400 pour les Barracudas, .394 pour les Huskies… Et puis il y a la fiche des deux équipes à domicile : 15-0 pour Montpellier, 16-1 pour Rouen. Si tout cela ne sent pas une finale qui va jusqu’au 5è match ?
Il semble pourtant que Montpellier part avec un petit avantage, en dehors de celui du terrain, qui pourrait bien être décisif. Il semble y avoir plus de profondeur dans le line-up des Barracudas, plus de certitude au pitching, avec Vera qui n’a pas perdu de match depuis la 1èe journée et l’impeccable duo Ozanich – Quinonez en relève. Il y aurait bien la défense, qui laisse parfois filer quelques matches, mais qui se rattrape derrière le marbre. On ne court pas, contre les Barracudas (seulement 70 % de réussite pour les équipes qui tentent de voler contre 88 % à Rouen), et cela risque d’enlever une arme aux Huskies.
Mais c’est une finale de championnat de France. Le moment où, depuis plus de 20 ans, le Husky se transforme en loup-garou et avale tout ce qui se présente devant lui. 17 finales jouées, 17 finales gagnées, à domicile 31 matches remportés sur 37. L’édition 2025 est-elle capable des mêmes métamorphoses que ses glorieuses devancières, pourra-t-elle, tout d’un coup, retrouver tout ce qui fait gagner ces matches décisifs ? On ne le sait pas encore.

Les demi-finales ont livré quelques certitudes : la première est que Montpellier est en mission. Les Barracudas se sont parfaitement sortis du piège de La Rochelle, et puis on fait craquer leur adversaire dans le 3è match. Une démonstration de force, de puissance qui impressionne. Il faudra être très costaud pour battre trois fois cette équipe-là. La deuxième est que Rouen est capable de tout. Parce qu’il fallait quand même une vraie force morale pour ne pas sombrer après les 2 défaites à Toulouse, être au bord du précipice pendant trois matches et finalement s’imposer. Ce ne fut pas toujours très beau, très convaincant, mais, après tout, les play-offs ne sont pas un concours d’élégance. Les Huskies savent toutefois que les petites erreurs techniques ou mentales qui ont parsemé leur saison se paieront cash dans les deux prochains week-ends.
Pour analyser cette finale, on a choisi cinq duels. C’est réducteur, comme tout choix, ce ne fut pas simple à décider, parce qu’en fait chaque joueur de chaque équipe aura certainement un rôle à jouer. Mais les cinq face-à-face nous semblent être ceux qui sont les plus déterminants, qui pourraient faire définitivement basculer la finale.

Les hommes-clés
Thibault Mercadier : Sa dernière sortie lors du décisif match 5 face à Toulouse est le reflet de sa saison : il peut connaitre des difficultés (4 points sur 4 hits dans la 6è manche), mais, à son meilleur, il domine de la tête et des épaules (0 hit, 1BB,10 K dans les 8 autres manches). Il avait tenu tête au line-up des Barracudas lors de la Coupe d’Europe. Il sera l’ace de la rotation rouennaise, et devra gagner ses 2 départs.
Daniel Flores : C’est une machine à frapper des hits. Il est totalement inarrêtable depuis 15 matches : .468 de moyenne, un OPS stratosphérique de 1 262, 21 points produits. Il vient de martyriser le pitching de La Rochelle en demi-finale (6 en 11, 1 seul K, 3 bases volées), tout en accomplissant un travail sans faille en défense (1 seul erreur). Parvenir à la ralentir serait un exploit, mais aussi une bonne façon de réduire la puissance de feu montpelliéraine.

Ils doivent faire plus
Jake MacKenzie : 2 en 16 en demi-finale, c’est notoirement insuffisant. Alors, certes, il a soutiré 6 BB (2è), marqué 7 points (1er), volé 7 bases (1er) et été très solide en défense. Mais les Huskies ont absolument besoin d’une production offensive plus importante de leur 3è base. Il doit donner l’exemple en début d’alignement.
Paolo Brossier : Il a été tellement impressionnant tout au long de la saison que son 3 en 12 de la demi-finale parait presque banal. Alors, même s’il a produit 4 points, il a aussi commis une erreur, contre 3 tout au long de la saison régulièrement. Lui qui a passé sa saison sur les sentiers et à produire des points devra retrouver sa capacité à être dangereux et solide en toutes occasions.
Les cartes (presque cachées)
Luke Livian n’avait pas montré grand-chose en relève. Il s’était même montré assez faible après 2 manches lancées. Mais l’australien a sorti son équipe de l’ornière en dominant le match 3. Après avoir donné deux hits et deux points aux deux premiers frappeurs, il n’a cessé de monter en puissance et de dominer pendant 7manches. Une performance inattendue qui ajoute une carte importante dans le jeu de Huskies.
Matthis Guiraud. On ne pense pas forcément à lui quand on décline l’effectif des Barracudas, entre internationaux français ou anciens universitaires américains. Mais, tout au long de la saison, il a été l’utility player par excellence, en jouant à toutes les positions ou presque, et en connaissance la meilleure saison de sa carrière. Il vole des bases, il frappe ave régularité et puissance, il pose l’amorti quand il le faut, bref il fait tout bien. Typiquement le genre de joueur idéal pour gagner une finale.

La grosse côte
William Martinez. Il parait limité à la frappe, il couvre peu de terrain à l’arrêt-court, il est le plus souvent relégué en bas d’alignement. C’est peu de dire que les Huskies n’attendent pas grand-chose de leur américain arrivé en fin de saison. Mais ils se souviennent aussi de son important double en 12è manche du marathon contre les Barracudas. Alors pourquoi ne serait-il pas de nouveau décisif quand il le faut ?
Douglas Rodriguez. Pour la première fois cette saison, il semble que le poids des années (40 ans) rattrape ce monument du baseball français. En 19 saisons, il n’est descendu que trois fois en dessous de .300. En 2021, en 2023 et cette année, où il est très loin de ses standards habituels, avec seulement .225 et 3 extra-bases. Oui, mais il frappe encore pour .318 avec des coureurs en position de marquer, preuve qu’il sait encore produire quand il le faut. Il n’est jamais reposant à affronter, encore moins en bas d’alignement. Il est tout à fait capable d’aller chercher le hit important à un moment clé.

Ils peuvent tout changer
Joris Bert. Il a mis du temps pour entrer dans sa demi-finale, puis il a fait ce qu’il fait de mieux : frapper des hits sur des amortis parfaitement placés ou sur des doubles à la clôture. Le vétéran des Huskies sait ce qu’il faut faire pour gagner une finale, et il est en mesure de contribuer largement à la victoire des siens. Un leader par l’exemple, qui doit booster le bas d’alignements des Huskies.
Fabian Kovacs. Sa saison a été ralentie par des blessures. Mais c’est lui qui a sonné le réveil des Barracudas avec un circuit de 2 points dans le match 1. Il est lui des frappeurs les plus réguliers du championnat depuis plusieurs saisons, un catcheur de niveau international, il peut donc faire mal à l’adversaire de plusieurs façons. Et il adore le terrain Pierre-Rolland, où il avait été élu MVP du Challenge 2022. Une arme essentielle dans le dispositif montpelliérain.
F.Colombier

