Il y a deux façons de voir le premier week-end des demi-finales du championnat de France.
La première, c’est de se dire que tout est terminé, qu’on se dirige tout droit vers un bouillonnant, brûlant même, derby occitan, et que les affrontements de ce week-end ne seront qu’une formalité pour des vainqueurs qui ont le vent dans les voiles et qui vont accélérer encore plus à l’approche de la ligne d’arrivée.
La deuxième, c’est de se dire que les matches se sont joués à 1 ou 2 points d’écart, qu’il n’y a pas eu de domination écrasante, que les quelques détails qui ont fait la différence pourraient bien basculer de l’autre côté, et, qu’après tout, La Rochelle menait 3-0 et Rouen 5-0 dans les matches 1, et donc que tout est possible.
À dire vrai, on ne parierait pas notre maison ou notre voiture sur un renversement de situation dans les deux matches. Une tendance aussi forte ne se modifie pas ainsi et la logique devrait être respectée. Mais bon, le baseball et la logique…

Terres maritimes
Vos commentateurs préférés de Baseball TV France ne semblaient pourtant eux-mêmes pas trop y croire. Ils ont fermé l’antenne en se donnant rendez-vous à la saison prochaine, avec à peine une petite nuance sur la possibilité de revenir en finale. C’est vrai qu’imaginer aller gagner 3 matches à Veyrassi, là où les montpelliérains n’en ont pas perdu un seul cette saison, et avec des Boucaniers pas forcément toujours à l’aise loin de leurs bases, cela relève de la mission impossible.
D’ailleurs, les équipes qui ont mené une série trois-de-cinq 2-0, depuis le début de ce siècle, se sont imposées 31 fois sur 33. Mais, dans cette statistique impressionnante, il y a un petit détail qui peut donner beaucoup d’espoir à La Rochelle. L’équipe qui s’est fait battre à deux reprises avec une telle avance, c’est Montpellier. En 2004, après avoir remporté les deux premiers matches de la finale à Savigny et en 2011, après avoir gagné deux fois à domicile contre Rouen. Alors, jamais deux sans trois ? Mais les dictons, n’est-ce pas, sont rarement proches de la réalité.

Pour y parvenir, La Rochelle devra se souvenir des 4 premières manches du premier match. Tout s’est déroulé idéalement : une attaque agressive, avec un Crawford toujours aussi performant cette saison, un Pena toujours aussi productif, et un De La Rosa qui ne donne aucun coup-sûr. Il n’y avait pas de raison que cela s’arrête. Mais tout a basculé sur le home-run de Kovacs. Trois autres hits se sont enchaînés, Montpellier est passé devant, et le combat a changé d’âme. S’il fallait une image de l’aspect hautement psychologique d’un match de play-off, cette rencontre en serait l’illustration parfaite. Les 12 frappeurs suivants de La Rochelle n’ont pas cogné de hit, et quand ils y sont parvenus (double de Tovar en 8è manche), le mal était fait, Montpellier avait accru son écart en profitant d’une nouvelle sortie désastreuse de Canelon.
100 % ou plus
On parlait de détails, de ne pas commettre d’erreur physique ou mentale, la 2è manche du match 2 a confirmé qu’il ne fallait jamais rien donner à l’adversaire. Alors que Montpellier venait de prendre les devants 2-0, La Rochelle montrait de réelles qualités morales en marquant une fois sur un simple de Molero, puis en créant l’égalité sur un simple de Crawford (qui d’autre…). Enfin, c’est ce qu’on croyait. Car une mauvaise course de Laufenbuchler et une réaction rapide de la défense de Montpellier aboutissaient à un retrait en 3è base, avant que M.Esteban ne vienne croiser le marbre. Au lieu d’être à 2-2, coureurs en 1 et 2, Briones, Pena, Johnston à venir à la frappe, La Rochelle revenait dans son dug-out derrière au score. C’est peut-être là que s’est joué le match. Même si La Rochelle a eu quelques opportunités en fin de rencontre, mais un roulant à double jeu de Tovar a fait mal en 6è manche. Même quand Montpellier a ouvert la porte avec deux erreurs pour débuter la 7è manche, le coup-sûr décisif n’est pas arrivé. Ces quelques exemples prouvent que La Rochelle pouvait faire quelque chose.

Face à ce Montpellier-là, toutefois, il faut être à 100 %, voir un peu plus, pour espérer triompher. Cette équipe fait preuve d’une extrême solidité, qui lui fait passer outre les aléas des matches, avec une gestion parfaite des temps faibles (ne pas céder) et des temps forts (faire mal). Une nouvelle fois, le duo Brossier – Flores a donné le ton, mais le danger peut venir de partout, et avec un bas d’alignement composé de Rodriguez, Kovacs (ou Doat) et Bouniol, soir 8 hits dans le week-end, on voit que Montpellier est armé pour aller très loin. Le pitching, lui aussi, est du même tonneau. Vera est certes un petit peu moins impressionnant qu’en début de saison, mais il reste très solide. Et, en plus, Ozanich et Quinones sont dominants en relève. Cette équipe de Montpellier n’a pas vraiment de faille, et affiche la confiance (qui pourrait frôler parfois l’arrogance) de ceux qui savent qu’ils sont taillés pour gagner.
Quelles sont les solutions, alors, pour les Boucaniers ? Faire juste un peu mieux… Continuer à être agressifs à la frappe : 9 hits dans chaque match, ce n’est pas rien, contre une équipe qui n’en a donné que 7,8 en moyenne pendant la saison régulière. Il faudra parvenir à aller en soutirer deux ou trois de plus, surtout avec des coureurs en position de marquer (3 en 15 seulement). Il faudra peut-être courir un peu plus (deux bases volées), bref chercher par tous les moyens à mettre de la pression sur la défense de Montpellier, qui, comme on l’a déjà constaté, peut parfois bafouiller son baseball. C’est ce qu’il faut, pour réussir ce qui serait sans aucun doute le plus grand exploit de l’histoire du baseball français.

Ressources multiples
Des exploits, Rouen en a compilé quelques-uns depuis 22 ans. La version 2025 des Huskies est-elle capable de s’inscrire dans la lignée de ses devancières ? Pas simple, pas évident. Parce que Toulouse a été très solide. Là où on l’attendait : des home-runs de Soriano et Mendoza, des frappes de Baisse-Depontieu, de la vitesse (7 bases volées), un Rojas qui ferme la porte, une défense robuste (1 seule erreur, c’est remarquable), des basiques bien récités (dont le sacrifice parfait de Perez en 8è manche, amenant au point vainqueur), un Garcia-Martinez qui vient deux fois en relève dans des situations complexes, mais qui fait le travail. C’est tout ce qu’a montré le Stade pendant la saison, et quand les meilleurs joueurs répondent présent, c’est souvent bon signe.
Mais Toulouse a aussi d’autres ressources : c’est Blancot (.200 de moyenne et .143 avec des coureurs en position de marquer) qui est allé frapper le hit décisif du 2è match, c’est Laot (7,63 de ER cette saison, 6 points concédés en 8 manches contre Rouen), qui a dominé l’attaque des Huskies pendant 6 manches. C’est Delogu, frappeur plutôt agressif, qui va chercher 4 buts sur balles dans le match 1, lui qui n’en a reçu que 5 tout au long de la saison. Cette discipline, cette gestion des at-bats, démontre que Toulouse était parfaitement préparé. C’est vraiment toute une équipe qui s’est mise au diapason, a qui a su renverser la table dans le match 1, après avoir concédé 5 points en 3è manche et a su faire la différence quand il le fallait dans le match 2.

Ah ! Cette troisième manche du 1er match… 9 points marqués, 19 frappeurs, 9 hits, 2 buts sur balles, 1 hit by pitch, 2 erreurs dont une qui aura peut-être fait basculer la série, celle de Prioul sur le roulant de Baisse-Depontieu, ouvrant la voie aux gros frappeurs du Stade, qui ont su capitaliser. Rouen avait le match en main. 5-0, avec un haut de line-up qui se rend sur base et Dagneau et Brainville qui en profitent pour produire. On ne connait pas beaucoup de supporters des Huskies qui ne commençaient pas à regarder les horaires des billets d’avion pour aller à Montpellier le week-end du 13-14 septembre à ce moment-là. Mais Toulouse n’a pas lâché, et c’est comme un symbole, ses deux jeunes recrues, Feliu et Perez (1 seul hit dans ses 22 derniers at-bats), qui sont venus frapper, se rendre sur les sentiers, et mettre la pression sur une défense rouennaise étonnamment tendue.
Les Huskies ont d’ailleurs décliné tous les maux de la saison dans ce match : nervosité évidente à la frappe, manque de lucidité dans les courses importantes, fébrilité générale quand il s’agit de tenir un score et de repousser les assauts de l’adversaire. Le talent est là, mais personne ne joue bien en même temps. Les Huskies font penser à un orchestre désaccordé, dans lequel les solistes exécutent leurs partitions en ne tenant pas compte de l’interprétation des autres.
Toulouse, au contraire, a joué en équipe, avec ce qu’il faut d’enthousiasme et d’envie pour forcer la décision quand il le faut tout en gardant son sang-froid. Il n’y a pas grand-chose à enlever de la performance collective : chaque frappeur du Stade a au moins un hit, les lanceurs ont été utilisés comme il le fallait, les jeux ont été exécutés. Si Toulouse se situe dans le même registre ce week-end, la tâche parait difficile surmontable pour les Huskies. Ils devront monter leur niveau de jeu pas seulement d’un cran, mais de 3 ou 4 pour tenter de faire douter le Stade.
Il reste le facteur domicile. Rouen, à la maison, est une équipe différente : 13 victoires cette saison, une défense qui ne commet presque pas d’erreurs, une attaque et un pitching qui fonctionnent mieux. Et puis il y a l’histoire. Toulouse n’a pas gagné sur le terrain Pierre-Rolland depuis 2013. Cela fait 21 défaites de suite. L’air normand ne réussit pas aux sudistes. Mais les séries, n’est-ce pas, sont faites pour s’arrêter.

Les 10 meilleurs performers :
- Soriano (Toulouse) 3 en 7, 5 RBI
- Rojas (Toulouse) 2 saves, 4 IP, 0 hit, 1 ER
- Quinonez (Montpellier) 2 saves, 1,2 IP, 1 hit, 0 point
- Baisse-Depontieu (Toulouse) 4 en 9, RBI
- Bouniol (Montpellier) 4 en 7, RBI
- Crawford (La Rochelle) 4 en 8, 2 bases volées
- Flores (Montpellier) 3 en 8, RBI
- Rodriguez (Montpellier) 3 en 7, RBI
- Nieves (La Rochelle) 4IP, 0 ER, 4 K
- C.Esteban (La Rochelle) 3 en 5
F.C.
Crédit photo : RS Clubs





