Menu

Jamel et Yoshio

 » Lorsque l’apprenti est prêt, le maître arrive. » C’est ce qui est arrivé à Jamel Boutagra à la fin du XXe siècle, lorsqu’il a croisé la route de Yoshio Yoshida dans les arcanes de l’équipe de France de baseball.
Les deux hommes se sont rapprochés au point que, lors de la disparition du maître en février dernier, l’apprenti, devenu maître à son tour, s’est retrouvé à son chevet, tel un fils de la famille.

Laissons la parole à Jamel Boutagra, qui nous raconte ce que cette rencontre a fait naître dans le paysage du baseball français.

image

BTVF : En juillet dernier, trois équipes U16 (japonaise, française et néerlandaise) se sont retrouvées à Évry pour un tournoi. Comment est née l’idée de ce tournoi en France ?

L’été dernier, j’avais rencontré Monsieur Yoshida et je lui avais parlé de ce projet. Il était content que ça voie le jour, et il m’avait dit qu’il le soutiendrait. Mais Monsieur Yoshida nous a quittés en février. Je suis allé à ses funérailles au Japon. Là-bas, beaucoup de gens m’ont dit : « Il ne faut pas que ça s’arrête. » Cela fait quelques années que je réfléchis à établir des liens et à mettre en place des actions d’échange. On avait prévu une réunion avec les présidents des Little Big 12U et de la Little League 15U. Ce dernier m’a dit : « Banco, même dès 2025. » Je pensais plutôt commencer en 2026, mais il trouvait mes propositions hyper intéressantes et voulait engager un premier pas dès cet été.
Je me suis dit : il faut créer une association. Le nom Yoshitei est une contraction du nom de Yoshida et de shiitaké, pour symboliser la transmission.
Je les ai recontactés en leur disant que j’avais commencé à travailler sur le projet, et ils étaient motivés. Il fallait trouver une troisième équipe : c’est l’équipe nationale U16 des Pays-Bas qui a complété le tournoi.

image

BTVF : Comment expliques-tu la place de l’association en France ?

C’est vraiment en lien avec Monsieur Yoshida. Lui, il a changé ma vie. Je l’ai rencontré à 16 ans grâce au baseball.Dans son cœur, l’équipe de France et celle de son club, les Tigers, étaient ses deux équipes préférées. C’était ça, son chemin : les Tigers et l’équipe de France. J’avais arrêté ma carrière de joueur en 2014. J’avais déjà organisé un match d’exhibition avec tous les joueurs qui avaient joué pour lui entre 1990 et 1995. Dans nos discussions, il m’avait dit : « Ce n’est pas possible que tu gardes pour toi tout ce qu’on t’a transmis, tout ce qu’on a vécu ensemble. Il y a des jeunes qui ont besoin de toi ici. Tu ne peux pas rester en retrait. » J’ai été choqué par sa disparition, et je me suis dit : voilà, c’est l’occasion ou jamais de faire quelque chose. C’est à nous de reprendre le flambeau. Et c’est venu plus vite que je ne l’aurais imaginé.

image

BTVF : Comment s’est passé le tournoi ? Es tu content de l’organisation, le niveau disparate des équipes a t’il été difficile à gérer ?

Les Japonais étaient très forts. Ce sont des gamins de 15 ans, mais ils sont professionnels dans leur tête. Ils pourraient battre n’importe quelle équipe de division 1. Les Français étaient pas mal du tout : il y avait une dizaine de gamins issus de l’équipe de France U15, et cinq nés en 2009. On a construit une équipe avec Boris Rottermund, et moi je me suis permis quelques libertés, mais les joueurs étaient expérimentés. Les Hollandais étaient un cran en dessous. Ils ont fait beaucoup d’efforts pour réunir une équipe, et ils ont travaillé dur.
Sur les trois jours de match, il y a eu 19 home runs : 15 pour les Japonais, 4 pour les Français.

image

BTVF : Qu’est-ce que tu retiens de cette première édition ?

Ce qui a été fait est bon. Et je n’ai jamais travaillé seul. Je suis bien entouré. Il y a sûrement des gens qui n’y croyaient pas, qui pensaient que c’était un peu trop ambitieux. Mais l’organisation a été top, et beaucoup de gens se sont investis : les familles d’accueil, les bénévoles sur le terrain…
Je suis vraiment content et fier de ce qu’on a pu réaliser. Il y a eu des matchs sympas. On a été un peu dominés par les Japonais, mais eux ont été hyper ouverts. Ils ont partagé beaucoup de choses avec un comportement exemplaire.

image

BTVF : Quel avenir donnes-tu à tout ça ?

Je travaille sur un tournoi beaucoup plus grand, avec six équipes, toujours sur les U15 et U16, mais aussi en ajoutant les U12 et U13. Donc deux catégories, deux fois six équipes, avec en guest stars les Japonais. J’aimerais aussi faire venir des équipes d’autres continents : Taiwan, le Canada, les États-Unis, Cuba ou encore des équipes d’Amérique du Sud. J’aimerais créer aussi une équipe all-star européenne de jeunes, avec des joueurs allemands, italiens, espagnols… et bien sur français. On va commencer à bosser à partir de septembre, et je suis confiant pour l’édition 2026. Les catégories U12 et U15 sont superbes : c’est spectaculaire, c’est magnifique, et les enfants ont une super mentalité. C’est vraiment chouette.

Crédit photo : Glenn Gervot

- Publicité -