Du 14 au 17 août 2025, à Hluboká (République tchèque), l’équipe de France féminine de baseball a disputé le Championnat d’Europe. Tenantes du titre après leurs sacres en 2019 et 2022, elles espéraient réaliser la passe de trois. Finalement, les Bleues repartent avec une médaille de bronze, derrière la Grande-Bretagne championne et la République tchèque vice-championne.
Les Françaises prises dans le fog anglais
Dès leur premier match, les Françaises se font surprendre : défaites 16-1 par la Grande-Bretagne, elles n’ont pu que limiter les dégâts avec un point inscrit sur sacrifice bunt.
Les voyants repassent à l’orange contre les Pays-Bas
Le lendemain, les Bleues ont offert une prestation offensive spectaculaire : victoire 13-4, emmenées par un triple puissant de Selma Prouff, soutenue par Livia Roeck, Shirley Patin, Diane Simon et Océane Prunier. Cassandra Vigneau a assuré au monticule, permettant à la France de relancer sa campagne.
La République tchèque : et mate la France
Dans un duel pour la place en finale, les Bleues ont mené grâce à Mathilde Sigot et Shirley Patin avant de céder en fin de partie (8-5). Malgré une belle réaction en sixième manche, les Tchèques ont scellé la rencontre dans le money time.

Que retenir de cet Euro ?
Tout d’abord, la capacité de réaction après un revers initial. Refroidies pas les Anglaises, nos Bleues ont su se remobiliser et s’imposer avec la manière face aux Néerlandaises. Ensuite, une attaque collective efficace, capable de produire de gros scores. Enfin, des individualités solides, notamment :
Cassandra Vigneau : elle a confirmé son rôle central au monticule. Capable de contenir l’attaque néerlandaise dans le deuxième match, elle a montré sang-froid et régularité. Sa moyenne au bâton (.667 sur le tournoi) prouve aussi qu’elle sait apporter offensivement. Son double profil de lanceuse efficace et de frappeuse productive en fait une pièce maîtresse de l’effectif tricolore.
Selma Prouff : puissante et déterminée, Selma Prouff a marqué les esprits dès la victoire contre les Pays-Bas avec un triple décisif en première manche. Elle incarne l’énergie offensive des Bleues : capable de faire basculer un match sur un seul swing, elle est aussi une source de confiance pour ses coéquipières. Sa capacité à enchaîner coups sûrs et présence en base fait d’elle l’un des moteurs de l’attaque française.
Mathilde Sigot : avec une moyenne au bâton de .500, Mathilde Sigot a une nouvelle fois répondu présente. Son double en début de rencontre contre la République tchèque a permis d’ouvrir le score et de mettre la France sur de bons rails. Sa constance au bâton, associée à son expérience des grands rendez-vous, en fait un repère essentiel dans le line-up. Elle symbolise parfaitement l’équilibre entre la jeunesse montante et les cadres confirmées.
Conclusion :
Avec ce nouveau podium, les Bleues confirment leur statut de nation majeure en Europe. Mais pour retrouver l’or, il faudra affiner encore certains détails : gagner en régularité défensive, notamment dans les moments-clés et maintenir un haut niveau mental et tactique tout au long d’un tournoi.

Interview de Géraldine Gauzelin-Ors, sélectionneuse de l’équipe de France, réactive et disponible !
BTVF: Quel bilan tirez-vous de votre parcours ? Qu’est ce qui a fonctionné ou pas ?
Bien entendu nous espérions mieux en terme de résultat sportif avec si possible un troisième titre de championnes d’Europe, mais le bilan global reste positif avec un jeune groupe en construction.
Dans le résultat sportif on a tendance à déprécier une deuxième ou troisième place facilement mais quand les Japonais ou d’autres très grosses équipes dans les championnats universitaires ont une phase de reconstruction, on ne dit pas qu’ils sont nuls ou incompétents, on dit qu’ils reconstruisent une base solide pour la prochaine fois. Pourquoi ne prenons nous pas en compte ces faits-là en France ? Notre attaque a été meilleure et c’était un de nos objectifs principaux.
Malgré une bonne préparation mentale c’est essentiellement la gestion de la pression dans le premier match qui a péché et qui nous a coûté. Il a également manqué d’un peu de profondeur de pitching mais nous allons y travailler dans l’avenir pour que l’équilibre soit meilleur. Une partie de nos lanceuses ont 14 ans à peine et n’ont jamais lancé en championnat sénior, il faut donc bien commencer quelque part.
La plupart des gens vont voir le résultat brut sans prendre en compte que notre attaque et notre défense ont été plus efficaces et que dans une reconstruction, il faut un peu de temps pour que la formation puisse payer. Quel coach ou entraineur ou manager peut se targuer de former un groupe et de gagner dès sa première année de formation du groupe ? Mais nous avons confiance dans ce dernier et dans son évolution rapide, au vu de l’ambiance et de la motivation générale.

BTVF : Avec un contexte compliqué (effectif rajeuni, un baseball féminin qui n’a de championnat, un plan de jeu à assimiler rapidement), quelles étaient vos priorités pour cette compétition ?
Nos priorités étaient de démarrer un groupe capable de se souder pour performer à 3 ans. Nous avons créé une réelle envie de jouer les unes pour les autres, ce qui les a aidées à pallier l’obligation de rapidité de formation du groupe. Ca reste difficile de partir d’une centaine de filles et de former un groupe compétitif et solide en 9 mois mais nous avons maintenant une bonne base. On sent par contre le manque de jeu régulier et d’expérience et nous espérons que nous pourrons faire évoluer cela dans l’avenir avec des regroupements réguliers et des perspectives de jeu.
BTVF : Avec peu de matchs dans cette compétition, ce qui ne laisse quasiment pas de droit à l’erreur, ce format influence-t-il votre manière d’aborder une compétition et votre manière de préparer les matchs ?
Nous savions que nous devions gagner le plus de matchs possibles et tout mettre dans chaque match, mais la plupart des filles n’avaient pas l’habitude d’enchainer autant d’heures de baseball par jour, pendant plusieurs jours d’affilée et elles ont maintenant une référence pour se préparer pour les prochaines échéances. Mais le plan ne laisse effectivement, dans ce format de compétition, aucun droit à l’erreur et l’accès à la finale est devenu difficile dès le premier match. Même si nous avons tout fait pour gagner chaque match après ça, nous ne sommes que maitre de notre jeu et pas du résultat obtenu.
BTVF : La lourde défaite d’entrée face aux Anglaises a-t-elle modifié vos plans ?
Pas vraiment parce que le plan était de prendre le maximum de matchs. On ne s’attendait pas à ce que nos filles aient aussi peur de leur propre jeu sur le premier match à cause de leur manque d’expérience et les Britanniques qui s’étaient préparées longuement pour ce match précis ont su saisir leur opportunité. Mais les filles ont su rester solides et revenir dans le match d’après, face à la Hollande, et sortir une prestation plutôt bonne face aux Tchèques.
Chaque équipe avait des grosses armes alors que nous créons un groupe spécifique baseball. La Grande-Bretagne avait ses deux renforts des Iles vierges britanniques proches de Cuba et de la République dominicaine, les Tchèques avaient pas mal de softballeuses expérimentées… Mais vu le jeu proposé par nos joueuses, le plan reste le même post compétition.

BTVF : La victoire face aux Néerlandaises a été une belle réponse, qu’est ce qui vous a rendu la plus fière dans cette rencontre ?
Le fait que l’équipe ne lâche rien et revienne plus forte sans perdre sa motivation. Elles ont su garder la tête haute et se soutenir suite à la lourde première défaite et j’ai vu un groupe qui en veut et je suis fière d’avoir pu leur apporter cette combativité collective.
BTVF : Le match contre la République tchèque a été accroché : qu’est ce qui a fait la différence en votre défaveur ?
Certaines filles qui avaient bien frappé dans cette compétition percutent un peu moins dans ce match, phénomène sûrement dû à la fatigue… et ça coûte un peu… On laisse trop de filles sur base.
Et notre pitching baisse un peu en intensité sur la fin de la compétition ce qui coûte un peu plus face à la grosse attaque Tchèque.
BTVF : Comment comptez-vous capitaliser sur cette expérience pour continuer à faire progresser le groupe ?
Nous allons nous servir de la force acquise pendant ce championnat et donner plus d’expérience de jeu au collectif pour progresser encore. Nous avons un très bon potentiel de travail, il suffit de l’exploiter avec le maximum d’opportunités d’apprentissage.
Alors bien sûr, cela passe par la formation dans les clubs, il est temps qu’on passe sur un format équitable qui tient compte des forces des féminines et qui ne les rabaissent pas à des joueuses de secondes zones incapables de jouer au baseball avec les masculins. Cela passe aussi par des opportunités de formation via le collectif France avec des regroupements et des tournois autant que possible car l’aspect financier reste un gros point noir du programme.

BTVF : La « patte » Géraldine Gauzelin-Ors, c’est quoi ?
C’est une question assez complexe pour moi qui n’aie pas forcément une image extérieure de moi-même alors je pense que ce sont les filles qui répondront le mieux à ça car je leur ai posé la question. Voici en quelques mots leurs réponses :
« Ne pas renoncer…. Jamais ! » ; « La détermination, l’engagement » ; « La bienveillance, l’audace et l’exigence/le perfectionnisme » ; « Un bon mix entre discipline et bienveillance » ; « A l’écoute… Des filles et de son Staff » ; « Croire en l’impossible ne rien lâcher » ; « Fédérer, pour que la réussite collective prime sur l’accomplissement personnel simple »
BTVF : Quelles sont désormais les prochaines étapes ?
Notre ambition est très claire, nous voulons travailler encore plus dur pour gagner des places au classement mondial, et je suis persuadée que nous en sommes capables.
Notre objectif idéal est double : reconquérir le titre de championnes d’Europe lors de la prochaine échéance et participer de nouveau aux Championnats du monde et y obtenir de meilleurs résultats que lors de notre dernière apparition. Mais surtout dans les faits nous voulons construire un projet durable.
Pour atteindre ce niveau, nous allons nous regrouper régulièrement avec le groupe élargi de joueuses, incluant de jeunes talents qui n’étaient pas encore éligibles pour ce championnat d’Europe, mais qui représentent l’avenir de l’équipe nationale, intégrées au groupe qui va prendre en expérience.
Il est essentiel d’intégrer ces nouvelles générations au plus tôt afin de bâtir une continuité et une progression sur le long terme.
Le manque de temps de jeu reste un frein majeur et le besoin de plus de compétitions se fait sentir. Le championnat de France (actuellement Open de France) doit être renforcé, avec plus de dates et plus de confrontations régulières.
Dans un premier temps, l’organisation de dates supplémentaires pour structurer l’Open de France est indispensable pour multiplier les opportunités de jouer à un vrai niveau compétitif.
Sans ce rythme, il est impossible de rivaliser durablement avec les meilleures nations.

Et enfin n’oublions pas l’aspect le plus difficile à gérer : le besoin de partenaires financiers car nous ne fonctionnons que sur fonds privés . Ce projet ne peut exister sans un soutien fort. Aujourd’hui, nous manquons cruellement de partenaires financiers pour donner à ces ambitions les moyens de se concrétiser. Les coûts liés aux compétitions, aux regroupements et aux déplacements dépassent largement nos ressources actuelles. Nous avons besoin de partenaires prêts à croire en ce projet, à porter avec nous le développement du baseball au féminin, et à contribuer à écrire une page ambitieuse de l’histoire sportive française.
Sébastien Dondé.
Crédit photos : site internet de la FFBS et Instagram de la WBSC Europe / Lenka Brozova
