Il y a trois certitudes dans la vie : les impôts, la mort et les Huskies qui se transforment en machine de guerre quand vient le temps de disputer une finale du Championnat de France.
Ce n’était pas du tout évident d’imaginer les rouennais dominer sans ménagement les Barracudas. Certes, les Huskies, à la maison, n’avaient perdu qu’un match en saison régulière et venaient de renverser la vapeur contre Toulouse. Mais Montpellier semblait d’un autre calibre, tout à fait capable de repartir avec au moins une victoire. Bilan, 2-0 pour Rouen, 12 points à 3, 24 hits à 14, 5 doubles à 1, 6 hit by pitch à zéro, 6 bases volées à 2. On ne devait pas trouver grand monde qui aurait été en mesure de parier sur un tel écart.

Le sentiment est que tout a bien marché d’un côté et que tout a mal fonctionné de l’autre. Les Huskies ont parfaitement réalisé tout ce qu’il faut pour s’imposer. D’abord, prendre les devants dès la première manche de chaque match, ce qui donne toujours le moral. Dans les trois premières manches, les Huskies ont marqué 9 points et les Barraducas aucun. La messe était dite. Ensuite, avec des at-bats bien mieux gérés que d’ordinaire. Certes, les Huskies aiment toujours s’élancer sur le premier pitch (16 % en finale contre 18 % en saison régulière). Mais on les a vu plus patients, plus sélectifs, plus en mesure d’attendre le bon lancer, notamment avec des coureurs en position de marquer. Ils ont frappé pour .321 dans ces circonstances (contre .298 en saison), et furent aussi très performants avec 2 retraits (.354 contre .268 en saison), situation où ils ont marqué 6 de leurs 7 points du match 2. Il y eut certes une ou deux mauvaises courses, on ne se refait pas, mais les Huskies ont signé 100 % de réussite en tentative de vol, ce qui n’est pas simple contre Kovacs et ce qui est nettement mieux que les 78 % de la saison régulière ou que les 82 % de la demi-finale. En défense, les Huskies, qui avaient commis 11 erreurs contre Toulouse, ont retrouvé toutes leurs qualités : aucune erreur (c’est la 16e fois que les Huskies rendent une fiche défensive parfaite cette saison) et quelques beaux moments, dont des doubles-jeux tournés à haute intensité par MacKenzie et Harrison.

Le travail collectif a donc été impeccable. Elle a été sublimée par quelques prestations individuelles haut de gamme. Thibault Mercadier, d’abord. Après une saison régulière en demi-teinte, et un premier match moyen à Toulouse, il a retrouvé toutes ses qualités. On se souvient de ses 9 manches et 123 lancers dans le décisif match 5. Il a remis ça samedi : 9 manches et 132 pitches, et hormis une petite frayeur en 5e manche, il a bien maîtrisé l’attaque des Barracudas, retirant notamment 8 fois sur 9 le premier frappeur, et en se montrant intraitable en fin de match. On pouvait peut-être s’attendre à une belle sortie de Mercadier, dont on connait les qualités. C’était moins évident de voir Luke Livian sortir une performance encore plus impressionnante que celle en demi-finale contre Montpellier. Il a défié le line-up des Barracudas pendant 8 manches, s’appuyant sur sa défense, et bien aidé par les 5 points marqués en début de match. Alors oui, les lanceurs partants des Huskies ont fait le travail.

Mais l’homme de la demi-finale, c’est le champ-centre Logan Flood. Il avait l’air en forme quand il est allé chercher, après une longue course et un beau plongeon, une frappe de Monks qui aurait pu tomber en lieu-sûr. Quand il a frappé un simple pour produire le 1er point, on a eu la confirmation qu’il était dans un bon jour. On ne se doutait pas qu’il allait frapper 5 autres hits de suite (4 dans le match 1, 1 pour commencer le match 2), avant de recevoir un but-sur-balles intentionnel, un autre but-sur-balles et être atteint par un lancer. 9 présences sur les sentiers dans ses 9 premiers at-bats, c’est tout simplement invraisemblable. Après son roulant en 3e base pour mettre fin à la 8- match, il terminait son week-end avec 6 hits, 1 double, 4 RBI, 1 base volées, .857 de moyenne, 2.043 d’OPS.

Parler du collectif impeccable des rouennais et des trois individualités qui ont dominé les débats, c’est aussi pointer un élément majeur du doigt : les Huskies ont joué au-dessus de leurs standards 2025. Tandis que les Barracudas étaient en dessous. Un Vera qui se fait dominer, puis chasser après 5 manches et 2 tiers, Brossier qui est 1 en 7, Zan 0 en 7, Kovacs 0 en 8, Guiraud 2 en 8, ce ne sont pas les Barracudas que l’on connait.

Et c’est là que tout peut changer. Parce qu’il est difficile de croire que Montpellier ne va pas hausser son niveau de jeu, surtout à Veyrassi, où leur fiche est aussi immaculée que le sable blanc du champ extérieur. Il n’y a aucun doute que les hommes de coach Smith ont les qualités techniques pour retrouver leur baseball. Demeure un des éléments essentiels d’une finale, la dureté du mental. Est-ce que les Barracudas, psychologiquement, ont les ressources pour rallumer la lumière et partir à l’assaut ? Ils savent qu’ils ont un relatif avantage s’il faut aller au match 5. Mais avant cela, il faudra en gagner deux. Ce n’est pas impossible, on le sait. Il faudra que Montpellier joue beaucoup mieux, que Rouen joue un peu moins bien. Cette finale a été d’un excellent niveau jusqu’alors. Elle peut devenir superbe, de celles dont on parlera dans des dizaines d’années, celles d’une remontée impossible, mais vraie ou s’inscrire dans une logique implacable, inexorable, inéluctable, celle d’un 19e titre. Il va faire chaud, ce week-end, à Montpellier.
F.Colombier
Crédit photos : Glenn Gervot
