En 2025, les Comanches de Saint-Raphaël n’ont pas simplement remporté un championnat. Elles ont imposé une domination totale, méthodique, et spectaculaire sur le softball féminin français. Avec un deuxième titre consécutif, une saison quasi-parfaite et une série finale maîtrisée de bout en bout, l’équipe varoise s’installe durablement au sommet.

Une saison de conquérantes
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur 20 rencontres disputées, les Comanches ont remporté 18 matchs, ne concédant que deux défaites face à Évry-Courcouronnes (1-12) et Pessac (2-4). Le reste de la saison s’est déroulé sous le signe de la maîtrise, avec des scores souvent sans appel :
- Contre Pessac : 9-0, 4-2, 6-0, 11-4
- Face à Grenoble : 11-3, 15-7, 11-3, 12-2
- Contre Clapiers-Jacou : 8-0, 11-2, 14-4, 9-2
- Face à Évry-Courcouronnes : 10-3, 8-4, 10-3, 1-12
- Contre Colombes : 9-2, 11-3, 8-1, 12-11
Cette régularité n’est pas le fruit du hasard. Elle repose sur une attaque dense, une rotation de lanceuses redoutable, et une défense disciplinée. Chaque secteur du jeu a été maîtrisé, chaque joueuse a apporté sa pierre à l’édifice.

L’attaque : une armada offensive
Les statistiques individuelles confirment ce que les scores laissaient deviner. Ines Marie (.490 AVG, .816 SLG, 23 RBI) a été la frappeuse la plus régulière et la plus puissante. Mélissa Mayeux, en seulement 4 matchs, affiche un OPS de 1.643. Prapeng De Ridder (.484 AVG, 11 RBI) combine précision et puissance, tandis que Chiara Enrione-Thorrand (.378 AVG, 25 RBI) s’impose comme la meilleure productrice de points.
Le monticule : deux piliers, une muraille
Côté pitching, deux noms dominent : Prapeng De Ridder et Elise Buvat. La première affiche une fiche de 13-0, une ERA de 1.36 et 89 strikeouts en 61.2 manches. La seconde, avec une ERA de 1.18 et une moyenne adverse de .159, complète une rotation quasi-imperméable.
Face à elles, les adversaires ont souvent été réduites au silence. Peu de hits, peu de points, et surtout une incapacité à enchaîner. Les Comanches ont su verrouiller leurs matchs dès le monticule.

Une défense sans fissure
La défense n’a pas été en reste. Ines Marie, encore elle, affiche un fielding percentage parfait (1.000) sur 47 phases défensives. Léna Touret, Farah Saidi et Youna Pascale Clotilde complètent ce trio d’efficacité. Derrière le marbre, Chiara Enrione-Thorrand a été impériale : 127 phases défensives, 3 double plays, et une gestion des vols de base chirurgicale.
Lisa Vieira et Elsa Munier ont également brillé par leur constance, tandis que Pauline Prade a su sécuriser l’infield avec autorité. Une défense bien répartie, complémentaire, et toujours en alerte.
La finale : trois actes, une démonstration
Face à une équipe francilienne valeureuse mais dépassée, les Comanches ont déroulé leur partition en trois matchs :
Match 1 : 9-2, Sofia Hammacott frappe un 3/3, Chiara et Lisa Vieira produisent chacune 2 points. L’attaque est chirurgicale, la défense verrouille.
Match 2 : 12-2, Chiara frappe un hit décisif pour 4 RBI. Ines Haudiquer et Lisa Vieira marquent chacune 3 points. Elsa Munier se révèle avec 2 hits et 2 RBI.
Match 3 : 9-2, une copie conforme du premier acte : 7 hits, 7 RBI, 8 walks. Chiara, encore elle, signe 2 hits et 1 RBI. Sofia Hammacott réalise également une belle série finale.
Trois matchs, trois victoires nettes, et une impression de facilité qui en dit long sur la maîtrise collective.
Si les Comanches brillent par leur collectif, Chiara Enrione-Thorrand incarne cette excellence. Élue MVP de la série finale, elle a été omniprésente : derrière le marbre, à la batte, dans les moments clés. Avec 5 hits, 6 RBI et aucun strikeout sur la série, elle a été le métronome de l’équipe. Son leadership, sa régularité et sa capacité à faire basculer les rencontres en font une figure centrale de cette dynastie naissante.

Une dynastie en marche
Avec ce deuxième titre consécutif, les Comanches de Saint-Raphaël ne sont plus simplement une équipe dominante. Elles deviennent une référence, un modèle, une dynastie en construction. Leur capacité à renouveler les performances, à maintenir l’exigence et à faire émerger des talents confirme une culture de la gagne bien installée. Et si 2024 avait été l’année de la révélation, 2025 est celle de la confirmation. Une confirmation éclatante, sans appel, et qui laisse entrevoir un avenir encore plus ambitieux.
Retour sur la saison avec Chiara Enrione-Thorrand, qui a gentiment accepté de répondre à nos questions :
BTVF : 2 titres de Championnes de France d’affilée, MVP de la série finale et un triplé historique avec votre club… comment vous résumez cette saison incroyable ?
Effectivement, avec le peu de recul que j’ai sur cette belle saison, je peux affirmer qu’elle a une petite saveur magique et mémorable. On l’a commencé un peu comme des enfants en parlant de ce rêve un peu fou de faire un triplé. On savait de ce qu’on était capable de faire, à la fois en bon et en mauvais mais on avait toutes la même envie : aller le chercher. Je pense qu’on a su se donner les moyens individuellement mais surtout COLLECTIVEMENT, que ce soit les joueuses mais aussi tous les acteurs qui nous ont accompagné et notamment nos 2 coachs Alexandre et Rémi. Le cadre que le club nous a donné nous a permis de travailler correctement en amont de la saison et tout à long de celle-ci. Ensuite, tout s’est déroulé presque sans pépin, match après match l’équipe est montée en puissance jusqu’à notre première échéance majeure : le challenge de France puis il y a eu la coupe d’Europe et enfin la finale du championnat de France.

BTVF : Quand on gagne tout, du championnat à la Coupe d’Europe, qu’est-ce qui rend le plus fier, tant sur la performance personnelle que collective ?
Ce qui me rend aujourd’hui la plus fière (et je peux parler au nom de beaucoup sur ça je pense ahah) c’est qu’on est allé gagner une coupe d’Europe avec un effectif 100% français et 100% Comanches ! Ça a donné une petite saveur en plus à la victoire !
BTVF : Vous sortez MVP de la finale, quel a été le déclic ce jour-là ? Vous sentiez dès le début que c’était votre match ?
Je suis très honorée d’avoir été élue MVP de cette finale. Je pense tout de même que ça reste un travail collectif, que ce soit à la frappe où mes coéquipières ont su arriver sur bases pour me permettre de les faire marquer ou encore en défense avec une belle performance des lanceuses qui m’ont permis de bien travailler derrière le marbre.
BTVF : Après une saison impressionnante l’an dernier, comment avez-vous trouvé la motivation pour tout recommencer…et de faire encore mieux !
Pour être totalement honnête, j’avais un peu d’appréhension avant de repartir pour cette saison 2025. C’est vrai que 2024 a été spectaculaire et s’est terminé sur une très belle note et donc il fallait être à la hauteur pour cette nouvelle saison. Ce qui m’a particulièrement motivé, c’était d’une part d’aller prendre notre revanche sur le challenge de France mais aussi d’aller performer au niveau européen sur la coupe d’Europe ! En fait la coupe d’Europe c’est une expérience tellement enrichissante sur le plan humain et sportif qu’on est obligé d’arriver prêtes pour en profiter à fond et aussi parce que c’est important de respecter le temps et les moyens que le club investi pour qu’on puisse le vivre !

BTVF : Une saison est longue et pourtant les performance se sont succédées, y a-t-il eu un moment compliqué à gérer, un tournant dans la saison où vous avez dû serrer les dents ?
Honnêtement non. La beauté avec cette équipe c’est que tout le monde a toujours su apporter sa pierre à l’édifice à chaque fois qu’il le fallait. Par exemple, on a des joueuses qui évoluent en université aux États Unis qui ne peuvent pas être présentes à certaines parties de la saison. Et bah ça n’a pas été un souci puisque leur place a été comblé très vite et très bien ! Ça nous permet de former des jeunes et donner du temps de jeu à celle qui en ont un peu moins quand elles sont là.
BTVF : Si vous deviez résumer votre équipe en un mot ou une valeur, ce serait quoi ? Et pourquoi ?
En un mot les Comanches pour moi c’est : l’harmonie. On a des joueuses qui ont des bagages tellement différents mais qui se mélangent tellement bien toutes ensembles. On a des valeurs communes : bienveillance, engagement, confiance et plaisir sur le terrain et je pense que c’est un peu la recette magique de notre équipe.
BTVF : Vous décrochez aussi la Coupe d’Europe ! Sentez-vous que le club a passé un cap ?
Oui tout à fait, le club a su nous donner les moyens qui nous ont permis de nous autoriser l’ambition de vouloir gagner cette coupe. On a eu la chance d’avoir avec nous en plus de nos 2 coachs adorés : 1 coach pour aider sur le plan de la performance, 1 pitching coach mais aussi 2 super bénévoles qui nous ont permis de bien manger pendant 1 semaine et 1 supportrice en or.

BTVF : N’oublions pas l’accès au TOP 6 européen avec l’Equipe de France, avez-vous là aussi le sentiment que l’équipe a franchi un palier ?
Personnellement, je pense que l’équipe de France progresse chaque année et que le Top 6 est le reflet d’un long travail ! PS : j’espère que la France ne va pas s’arrêter là !!
BTVF : Après un triplé pareil, on peut se demander quel peut être le prochain défi ?
Le prochain défi c’est d’aller chercher une performance avec une équipe française sur une coupe d’Europe « A » cette fois ci. C’est un bel objectif, ça va nous motiver et on verra bien où on se trouve à côté des meilleures joueuses d’Europe voire du monde.
BTVF : Si vous deviez choisir un moment fort de cette saison, celui qui donne encore des frissons, lequel serait-ce ?
Cette question est très dure, il y en a eu quelques-uns quand même ! Je pense que si il y en avait 1 que j’aimerais revivre aujourd’hui ça serait la finale du challenge de France. Entre l’ambiance du stade avec les spectateurs, l’enjeu de prendre notre revanche mais aussi la pression du 1er match retransmis à la TV en direct… waw c’était vraiment incroyable et plein d’émotions !
Sébastien Dondé
Crédit photos : page Facebook du club des Comanches
