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Cometz, l’heure du rebond

La saison régulière de Division 1 Baseball a livré son verdict. Plus aucun doute ne plane sur le classement final : place désormais aux phases finales, programmées à partir du 16 août. Depuis deux ans, le format a évolué : fini les « plays down », et quatre équipes voient déjà leur saison s’achever.
Parmi elles, les Cometz de Metz, qui clôturent l’exercice à la huitième place. Un rang synonyme de relégation… sauf si le futur champion de Division 2 renonce à faire valoir son droit d’accession à l’élite en 2026.

Dans ce contexte, nous avons rencontré David Ten Eyck, président du club messin, pour un entretien approfondi. L’occasion de revenir, avec franchise et lucidité, sur les succès marquants et les désillusions d’une saison 2025 riche en émotions.

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BTVF : L’année 2025 se termine sur une performance contrastée, avec une place en finale au Challenge de France et une huitième place synonyme de relégation en Division 2. Comment expliquer cet écart entre ces deux résultats ?

Nous avons montré de quoi nous étions capables pendant le Challenge de France – et dans certains autres matchs cette saison. Malheureusement, nous n’avons pas été assez constants et nous n’avons pas su répondre présents à certains moments clés. Nous avons perdu trop de matchs serrés pour cette raison.Forcément, cette saison est un échec pour nous. Un échec que nous devons assumer collectivement. Nous allons travailler dur pour rebondir comme il faut.
Mais nous n’avons pas été largués non plus. Je ne pense pas que nos adversaires se soient dit : « Nous jouons contre Metz ce week-end, ce seront des matchs faciles ! »En D1, depuis deux saisons, tout le monde peut battre tout le monde dans n’importe quel match. Les deux dernières éditions du Challenge de France en sont l’illustration. Mais sur l’ensemble de la saison, la différence se fait au niveau de la constance, de la régularité, de la discipline, de la concentration, de la profondeur de l’effectif et de la structuration du club…Nous avons montré à deux reprises que nous pouvons marquer les esprits dans une compétition de quatre jours. Mais il y a encore un palier à franchir pour reproduire cela sur une saison de plus de quatre mois.

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BTVF : Six années passées en Division 1… le club a montré qu’il avait sa place au plus haut niveau, mais le nombre limité à huit ne laisse pas de place à l’erreur. Montigny en a fait les frais l’année dernière, et cette année, c’est vous. La formule à huit est-elle trop expéditive avec cette relégation sans barrage ?

Le niveau de la Division 1 à huit équipes est très élevé, et il progresse année après année. Les cadres de notre club sont tous d’accord pour dire que le niveau de la D1 aujourd’hui n’a rien à voir avec celui de 2019, quand nous sommes montés.En ce qui concerne les barrages, les règles du jeu ont été clairement présentées avant la saison. Nous avons tous signé pour jouer en sachant que la huitième équipe descendait directement. Et l’équipe championne de Division 2 méritera pleinement les droits sportifs qu’elle aura obtenus en gagnant son titre. Je ne veux surtout pas donner l’impression de minimiser le travail accompli par le champion de D2.Mais, indépendamment de la situation sportive de mon club, si je donne une réponse « politique » à votre question, je dois dire que je n’étais pas favorable à la suppression des barrages, et mon avis sur le sujet n’a pas changé.Il faut être pragmatique :Combien avons-nous de clubs capables de jouer en D1 à l’heure actuelle ? Je ne parle pas seulement du niveau sportif, mais aussi du budget, des infrastructures, de la formation des officiels et coachs, de l’exigence de filmer les matchs, du vivier de JFL sur le territoire, etc. Si on est optimiste, on peut pousser jusqu’à onze ou douze. Si on est sévère, on s’arrêtera probablement à huit. Voire moins. Et encore, parmi ces équipes, la plupart ne cochent pas toutes les cases.Donc, compte tenu de cette fragilité, avons-nous intérêt à faire jouer cette petite poignée de clubs avec le couteau en permanence sous la gorge ? Économiquement, un club qui descend risque de perdre beaucoup de subventions et de soutien institutionnel, et très vite. Alors qu’un club qui monte doit généralement passer plusieurs années à construire des recettes en adéquation avec le niveau supérieur. Il a fallu cinq ou six ans à Metz pour commencer à bâtir un héritage vraiment solide à partir de notre parcours en D1. Pour moi, la descente directe crée une instabilité qui n’est pas dans l’intérêt du développement de notre discipline.Mais c’est le jeu, et c’est certain que cela crée du spectacle pour ceux qui suivent la D1 ! Nous en avons fait les frais en 2025. Nous devrons essayer d’en profiter en 2026 pour retrouver notre place en élite.

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BTVF : Le club est reconnu pour son école et la formation de ses juniors. Ces derniers sont le vivier de l’équipe 1, mais on sent bien que le niveau acquis par ces jeunes crée un line-up fragile, avec des moyennes à la frappe et au lancer trop faibles. Le temps de jeu et la différence de niveau avec les étrangers sont-ils les seules explications ?

L’école de baseball est effectivement au cœur de notre club, et nous en sommes très fiers. Je compte d’ailleurs me remettre à travailler comme coach auprès de nos jeunes en 2026. Pour le reste, c’est un vaste sujet. Mais je ne partage pas votre analyse. Plusieurs jeunes formés dans notre école ont montré par moments qu’ils sont capables d’évoluer en D1. Et nous avons l’un des plus jeunes groupes de JFL du championnat (seul Béziers avait des JFL plus jeunes), donc notre marge de progression est importante. Nous sommes fiers que dix jeunes passés par nos sections 12U et 15U aient participé à plusieurs matchs de D1 en 2025. Seuls Savigny et Sénart ont fait jouer autant de joueurs formés au sein de leur club en D1 cette saison. Pour moi, le souci n’est vraiment pas les jeunes issus de notre école. Avoir ce gros vivier de joueurs formés ensemble, qui s’entraînent ensemble toute l’année et qui portent notre club dans leur cœur, est une énorme force que beaucoup d’autres clubs aimeraient avoir. Le problème, c’est plutôt que presque TOUS nos JFL sont des joueurs formés au club. « Nos » jeunes remplissent leur rôle, mais ils ne sont pas épaulés par des joueurs formés ailleurs dans notre territoire ou ailleurs en France. Ils sont donc constamment en première ligne et sous pression, dès un très jeune âge – âge où ils doivent concilier baseball, études, entrée dans le monde du travail et incertitudes qui en découlent.
Si on regarde les deux clubs les plus performants des quatre dernières années – Rouen et Montpellier –, on trouve des effectifs équilibrés entre joueurs formés au club, joueurs formés ailleurs dans leur territoire, joueurs formés ailleurs en France et joueurs étrangers. Chez nous, il y a les joueurs issus de notre école et des joueurs étrangers. Et presque pas de profils de JFL venus d’ailleurs.

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BTVF : Avoir accueilli le Challenge de France et atteint les finales deux années de suite montre que le format en sept manches vous est plus favorable, tant pour les batteurs que pour les lanceurs. Concernant ces derniers, comment mieux les former pour qu’ils puissent rivaliser avec les autres lanceurs ?

Nous sommes fiers d’avoir organisé une belle édition 2025 du Challenge, avec nos voisins d’Argancy. Indépendamment du résultat sportif, c’était un moment historique pour le baseball en Moselle. Franchement, je ne pense pas que le format en sept manches ait eu le moindre impact sur nos résultats au Challenge. Pas plus que pour d’autres équipes, en tout cas. Nous jouions déjà en sept manches en 2023, lorsque nous avons été balayés en deux matchs par La Rochelle et Rouen. L’an dernier, avec toutes nos options en pitching, nous aurions sans doute été avantagés par un format en neuf manches. Cette année, si nous avions joué en neuf manches, nous aurions peut-être pu revenir au score en finale contre Savigny… ou bien ne pas tenir notre match de vendredi contre Béziers jusqu’au bout. Mais quel est l’intérêt de trop analyser cela ? Les clés du Challenge 2025, ce sont les performances du jeudi : Timothy Guyonneau pour Béziers et Hugo Py pour nous, qui ont permis à nos deux équipes d’aligner parfaitement le pitching pour la suite de la compétition. Et puis Orozco, qui a répondu présent pour Savigny dans tous les moments clés, et Acuna, qui a été décisif quand il le fallait. Comme toujours.Le fait de jouer en sept manches reste anecdotique.
Pour la deuxième partie de la question — faire progresser notre pitching —, nous allons travailler dur avec les lanceurs déjà au club, tenter de mettre en place un pitching coach spécifique pour les accompagner, et essayer d’attirer plus de lanceurs pour les épauler… Notre pitching en 2024 était un point fort. Ce sera de nouveau le cas en 2026.

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BTVF : Sauf décision du champion de D2 de ne pas monter, vous allez évoluer en Division 2. Avez-vous déjà une stratégie pour remonter en 2027 et gagner ce championnat en 2026 ?

C’est délicat de répondre à cette question tant que l’identité du champion de D2 n’est pas connue et que ce club n’a pas pris sa décision concernant le niveau où il souhaite jouer en 2026. Le champion de D2 aura gagné le droit de faire ce choix. Il faut respecter cela. Je ne vais certainement pas me mettre à dire : « Si un tel gagne, il risque de décider ceci ou cela pour telle ou telle raison. »
Le champion de D2 sera maître de son destin, et nous devrons potentiellement attendre quelques semaines après la finale avant de savoir si nous jouerons en D1 ou en D2 en 2026. Donc, à l’heure actuelle, nous nous préparons pour jouer de nouveau en D1. C’est plus simple de se préparer pour la D1, puis de s’adapter à la réalité d’une saison en D2, que de faire l’inverse.
Dans les deux cas, la quasi-totalité des joueurs basés à Metz reviendra, avec l’envie d’être plus forts qu’en 2025. Si nous jouons en D2, l’objectif sera clairement de gagner le titre et de revenir directement, et plus forts, en élite. Si nous sommes maintenus administrativement, l’objectif sera de sortir du bas du tableau et de jouer une place en playoffs.

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BTVF : Que pouvons-nous vous souhaiter pour l’avenir ?

L’ironie amère de cette huitième place, c’est qu’elle survient au moment où le club est le plus fort qu’il ne l’a jamais été durant tout notre parcours en D1.
Le 31 août, nous inaugurerons notre nouveau clubhouse, qui ouvrira énormément de possibilités sur le plan sportif et associatif. Cet hiver, le drainage de l’outfield sera réalisé. Après des années de difficultés financières liées aux investissements, nous allons terminer 2025 avec une situation financière très solide. Nous venons aussi de réaliser un investissement majeur pour le captage vidéo des matchs, ce qui nous mettra au niveau des clubs les plus performants dans ce domaine. Et j’en passe… Ce que l’on peut nous souhaiter pour l’avenir, c’est que cet accident de parcours sportif ne constitue pas un frein pour le projet associatif dans son ensemble. Que les réussites obtenues en dehors du terrain en 2025 se traduisent rapidement par des succès sur le terrain, afin de porter notre club vers une nouvelle dimension.

Crédit photo : Jeremy Pruzsina, Ffbs (Glenn Gervot)

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